
{"id":1940,"date":"2026-06-19T06:11:11","date_gmt":"2026-06-19T06:11:11","guid":{"rendered":"https:\/\/relanceinfo.tg\/?p=1940"},"modified":"2026-06-19T06:11:15","modified_gmt":"2026-06-19T06:11:15","slug":"chroniquelafrique-malade-de-ses-intellectuels-le-masque-des-reniements-et-du-compromis-facile","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/relanceinfo.tg\/?p=1940","title":{"rendered":"Chronique|L&rsquo;Afrique, malade de ses intellectuels ? : Le masque des reniements et du compromis facile"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Le journaliste togolais, Dieudonn\u00e9 SEWONOU fait le constat douloureux d&rsquo;une immense d\u00e9mission collective, le diagnostic d&rsquo;une \u00e9lite pensante qui a largement troqu\u00e9 le courage de la v\u00e9rit\u00e9 contre le confort du compromis facile et l&rsquo;art du r\u00e9trop\u00e9dalage politique en Afrique. \u00c0 travers sa nouvelle chronique, ce dernier se demande si l&rsquo;Afrique est malade de ses intellectuels<\/strong>. Bonne lecture !<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au milieu des tumultes politiques, des urgences \u00e9conomiques et des red\u00e9finitions g\u00e9opolitiques qui secouent le continent, une question fondamentale demeure trop souvent rel\u00e9gu\u00e9e au second plan : o\u00f9 sont pass\u00e9s les penseurs de l&rsquo;Afrique ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dire aujourd&rsquo;hui que notre continent est \u00ab <strong>malade de ses intellectuels<\/strong> \u00bb n\u2019est ni un \u00e9lan de cynisme, ni un d\u00e9saveu du savoir africain. C&rsquo;est le constat douloureux d&rsquo;une immense d\u00e9mission collective, le diagnostic d&rsquo;une \u00e9lite pensante qui a largement troqu\u00e9 le courage de la v\u00e9rit\u00e9 contre le confort du compromis facile et l&rsquo;art du r\u00e9trop\u00e9dalage politique. De l&rsquo;\u00e2ge d&rsquo;or des \u00e9claireurs au silence des cam\u00e9l\u00e9ons. Pourtant, l&rsquo;Afrique a connu l&rsquo;\u00e2ge d&rsquo;or des pionniers. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>\u00c0 l&rsquo;\u00e9poque des ind\u00e9pendances et des luttes d&rsquo;\u00e9mancipation, les figures de Cheikh Anta Diop, Frantz Fanon ou Kwame Nkrumah ,Aim\u00e9 C\u00e9saire  ou Thomas Sankara  incarnaient une intelligence organique. Le savoir \u00e9tait alors une arme de lib\u00e9ration, une boussole pour tracer des voies endog\u00e8nes et inventer un dessein africain<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Soixante ans plus tard, le contraste est saisissant : face \u00e0 la complexit\u00e9 des d\u00e9fis contemporains, la parole intellectuelle africaine s\u2019est largement d\u00e9mon\u00e9tis\u00e9e, prise au pi\u00e8ge de renoncements spectaculaires.Le sympt\u00f4me le plus aigu de cette pathologie r\u00e9side dans la plasticit\u00e9 id\u00e9ologique de notre \u00e9lite, pass\u00e9e ma\u00eetresse dans l&rsquo;art du r\u00e9trop\u00e9dalage politique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le paradoxe des amphith\u00e9\u00e2tres : Combien de brillants universitaires, de juristes \u00e9m\u00e9rites et d&rsquo;\u00e9conomistes respect\u00e9s ont b\u00e2ti leur r\u00e9putation sur la critique f\u00e9roce des d\u00e9rives autoritaires ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le reniement du d\u00e9cret : Les m\u00eames op\u00e8rent de spectaculaires t\u00eate-\u00e0-queue d\u00e8s qu\u2019un d\u00e9cret pr\u00e9sidentiel les appelle aux affaires. Ceux qui, hier, th\u00e9orisaient la limitation des mandats et la s\u00e9paration des pouvoirs se transforment, une fois nomm\u00e9s ministres ou conseillers, en architectes du d\u00e9verrouillage constitutionnel.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le vernis acad\u00e9mique ne sert plus \u00e0 \u00e9manciper le citoyen, mais \u00e0 habiller juridiquement ou \u00e9conomiquement les ambitions de survie des r\u00e9gimes en place.La tentation de la table et le co\u00fbt du cynismeCe compromis facile avec le pouvoir ne rel\u00e8ve pas de la nuance politique, mais d&rsquo;une strat\u00e9gie de subsistance ou d&rsquo;ascension sociale. En Afrique, o\u00f9 l&rsquo;\u00c9tat demeure le principal dispensateur de richesses et de prestige, l&rsquo;intellectuel est soumis \u00e0 une terrible tentation : celle de troquer la rigueur de sa pens\u00e9e contre un maroquin, un budget ou les privil\u00e8ges de la nomenklatura.La capitulation de l&rsquo;esprit commence l\u00e0 o\u00f9 la qu\u00eate du confort personnel l&#8217;emporte d\u00e9finitivement sur l&rsquo;exigence de v\u00e9rit\u00e9. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour une place \u00e0 la table des puissants, de grands esprits acceptent de se taire, ou pire, de r\u00e9diger les plaidoyers des politiques qu&rsquo;ils combattaient la veille. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce reniement a un co\u00fbt immense pour la soci\u00e9t\u00e9 : il s\u00e8me le doute, nourrit le cynisme des populations et discr\u00e9dite durablement la valeur m\u00eame de la parole scientifique et de l&rsquo;expertise.Pendant que les intellectuels se plient aux exigences des agendas politiques changeants ou s&rsquo;ach\u00e8tent une tranquillit\u00e9 de cour, l\u2019espace public africain est laiss\u00e9 en friche. Il est aujourd&rsquo;hui colonis\u00e9 par le populisme num\u00e9rique, les slogans simplistes et les passions identitaires, faute de penseurs capables d&rsquo;opposer la force de l&rsquo;argument \u00e0 l&rsquo;argument de la force.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour un sursaut \u00e9thique, l\u2019Afrique n&rsquo;a pourtant jamais eu aussi faim de pens\u00e9e critique et de coh\u00e9rence. \u00c0 l&rsquo;heure o\u00f9 la jeunesse africaine exige une rupture de paradigme, le continent ne peut plus se payer le luxe d&rsquo;une \u00e9lite spectatrice ou opportuniste. Gu\u00e9rir de ce mal exige un sursaut \u00e9thique absolu : l\u2019intellectuel africain doit r\u00e9apprendre \u00e0 dire \u00ab non \u00bb lorsqu\u2019il le faut . Il doit comprendre que sa v\u00e9ritable valeur ne se mesure pas \u00e0 la proximit\u00e9 de son bureau avec le palais pr\u00e9sidentiel, mais \u00e0 sa capacit\u00e9 \u00e0 rester une boussole morale et scientifique pour son peuple, par-del\u00e0 les alternances et les sir\u00e8nes du pouvoir.Le r\u00e9veil de l&rsquo;Afrique ne se fera pas uniquement par ses entrepreneurs, ses artistes ou ses ressources naturelles. Il exige, de mani\u00e8re vitale, une renaissance de la pens\u00e9e. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;Afrique n&rsquo;a pas besoin d&rsquo;intellectuels qui constatent la maladie, mais de cliniciens qui proposent des rem\u00e8des.Il est temps que les penseurs africains rompent avec la complaisance, sortent de leur tour d&rsquo;ivoire et r\u00e9apprennent \u00e0 parler au peuple, avec le peuple. Il s&rsquo;agit de d\u00e9coloniser les esprits, de r\u00e9habiliter les savoirs endog\u00e8nes et d&rsquo;oser inventer des mod\u00e8les politiques et \u00e9conomiques qui r\u00e9pondent aux urgences de la jeunesse africaine.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Si l&rsquo;Afrique est aujourd&rsquo;hui \u00ab\u00a0malade de ses intellectuels\u00a0\u00bb, la gu\u00e9rison viendra d&rsquo;une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration de femmes et d&rsquo;hommes de l&rsquo;esprit, d\u00e9cid\u00e9s \u00e0 faire de la connaissance non plus un instrument de distinction sociale ou d&rsquo;enrichissement personnel, mais une arme de lib\u00e9ration massive. Quand l\u2019\u00e9lite fait son calcule, c\u2019est le peuple qui est sans rep\u00e8re \u2026   <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">                                                                                      Dieudonn\u00e9 SEWONOU, Journaliste consultant<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le journaliste togolais, Dieudonn\u00e9 SEWONOU fait le constat douloureux d&rsquo;une immense d\u00e9mission collective, le diagnostic d&rsquo;une \u00e9lite pensante qui a largement troqu\u00e9 le courage de la v\u00e9rit\u00e9 contre le confort du compromis facile et l&rsquo;art du r\u00e9trop\u00e9dalage politique en Afrique. \u00c0 travers sa nouvelle chronique, ce dernier se demande si l&rsquo;Afrique est malade de ses intellectuels. Bonne lecture ! Au milieu des tumultes politiques, des urgences \u00e9conomiques et des red\u00e9finitions g\u00e9opolitiques qui secouent le continent, une question fondamentale demeure trop souvent rel\u00e9gu\u00e9e au second plan : o\u00f9 sont pass\u00e9s les penseurs de l&rsquo;Afrique ? Dire aujourd&rsquo;hui que notre continent est \u00ab malade de ses intellectuels \u00bb n\u2019est ni un \u00e9lan de cynisme, ni un d\u00e9saveu du savoir africain. C&rsquo;est le constat douloureux d&rsquo;une immense d\u00e9mission collective, le diagnostic d&rsquo;une \u00e9lite pensante qui a largement troqu\u00e9 le courage de la v\u00e9rit\u00e9 contre le confort du compromis facile et l&rsquo;art du r\u00e9trop\u00e9dalage politique. De l&rsquo;\u00e2ge d&rsquo;or des \u00e9claireurs au silence des cam\u00e9l\u00e9ons. Pourtant, l&rsquo;Afrique a connu l&rsquo;\u00e2ge d&rsquo;or des pionniers. \u00c0 l&rsquo;\u00e9poque des ind\u00e9pendances et des luttes d&rsquo;\u00e9mancipation, les figures de Cheikh Anta Diop, Frantz Fanon ou Kwame Nkrumah ,Aim\u00e9 C\u00e9saire ou Thomas Sankara incarnaient une intelligence organique. Le savoir \u00e9tait alors une arme de lib\u00e9ration, une boussole pour tracer des voies endog\u00e8nes et inventer un dessein africain. Soixante ans plus tard, le contraste est saisissant : face \u00e0 la complexit\u00e9 des d\u00e9fis contemporains, la parole intellectuelle africaine s\u2019est largement d\u00e9mon\u00e9tis\u00e9e, prise au pi\u00e8ge de renoncements spectaculaires.Le sympt\u00f4me le plus aigu de cette pathologie r\u00e9side dans la plasticit\u00e9 id\u00e9ologique de notre \u00e9lite, pass\u00e9e ma\u00eetresse dans l&rsquo;art du r\u00e9trop\u00e9dalage politique. Le paradoxe des amphith\u00e9\u00e2tres : Combien de brillants universitaires, de juristes \u00e9m\u00e9rites et d&rsquo;\u00e9conomistes respect\u00e9s ont b\u00e2ti leur r\u00e9putation sur la critique f\u00e9roce des d\u00e9rives autoritaires ? Le reniement du d\u00e9cret : Les m\u00eames op\u00e8rent de spectaculaires t\u00eate-\u00e0-queue d\u00e8s qu\u2019un d\u00e9cret pr\u00e9sidentiel les appelle aux affaires. Ceux qui, hier, th\u00e9orisaient la limitation des mandats et la s\u00e9paration des pouvoirs se transforment, une fois nomm\u00e9s ministres ou conseillers, en architectes du d\u00e9verrouillage constitutionnel. Le vernis acad\u00e9mique ne sert plus \u00e0 \u00e9manciper le citoyen, mais \u00e0 habiller juridiquement ou \u00e9conomiquement les ambitions de survie des r\u00e9gimes en place.La tentation de la table et le co\u00fbt du cynismeCe compromis facile avec le pouvoir ne rel\u00e8ve pas de la nuance politique, mais d&rsquo;une strat\u00e9gie de subsistance ou d&rsquo;ascension sociale. En Afrique, o\u00f9 l&rsquo;\u00c9tat demeure le principal dispensateur de richesses et de prestige, l&rsquo;intellectuel est soumis \u00e0 une terrible tentation : celle de troquer la rigueur de sa pens\u00e9e contre un maroquin, un budget ou les privil\u00e8ges de la nomenklatura.La capitulation de l&rsquo;esprit commence l\u00e0 o\u00f9 la qu\u00eate du confort personnel l&#8217;emporte d\u00e9finitivement sur l&rsquo;exigence de v\u00e9rit\u00e9. Pour une place \u00e0 la table des puissants, de grands esprits acceptent de se taire, ou pire, de r\u00e9diger les plaidoyers des politiques qu&rsquo;ils combattaient la veille. Ce reniement a un co\u00fbt immense pour la soci\u00e9t\u00e9 : il s\u00e8me le doute, nourrit le cynisme des populations et discr\u00e9dite durablement la valeur m\u00eame de la parole scientifique et de l&rsquo;expertise.Pendant que les intellectuels se plient aux exigences des agendas politiques changeants ou s&rsquo;ach\u00e8tent une tranquillit\u00e9 de cour, l\u2019espace public africain est laiss\u00e9 en friche. Il est aujourd&rsquo;hui colonis\u00e9 par le populisme num\u00e9rique, les slogans simplistes et les passions identitaires, faute de penseurs capables d&rsquo;opposer la force de l&rsquo;argument \u00e0 l&rsquo;argument de la force. Pour un sursaut \u00e9thique, l\u2019Afrique n&rsquo;a pourtant jamais eu aussi faim de pens\u00e9e critique et de coh\u00e9rence. \u00c0 l&rsquo;heure o\u00f9 la jeunesse africaine exige une rupture de paradigme, le continent ne peut plus se payer le luxe d&rsquo;une \u00e9lite spectatrice ou opportuniste. Gu\u00e9rir de ce mal exige un sursaut \u00e9thique absolu : l\u2019intellectuel africain doit r\u00e9apprendre \u00e0 dire \u00ab non \u00bb lorsqu\u2019il le faut . Il doit comprendre que sa v\u00e9ritable valeur ne se mesure pas \u00e0 la proximit\u00e9 de son bureau avec le palais pr\u00e9sidentiel, mais \u00e0 sa capacit\u00e9 \u00e0 rester une boussole morale et scientifique pour son peuple, par-del\u00e0 les alternances et les sir\u00e8nes du pouvoir.Le r\u00e9veil de l&rsquo;Afrique ne se fera pas uniquement par ses entrepreneurs, ses artistes ou ses ressources naturelles. Il exige, de mani\u00e8re vitale, une renaissance de la pens\u00e9e. L&rsquo;Afrique n&rsquo;a pas besoin d&rsquo;intellectuels qui constatent la maladie, mais de cliniciens qui proposent des rem\u00e8des.Il est temps que les penseurs africains rompent avec la complaisance, sortent de leur tour d&rsquo;ivoire et r\u00e9apprennent \u00e0 parler au peuple, avec le peuple. Il s&rsquo;agit de d\u00e9coloniser les esprits, de r\u00e9habiliter les savoirs endog\u00e8nes et d&rsquo;oser inventer des mod\u00e8les politiques et \u00e9conomiques qui r\u00e9pondent aux urgences de la jeunesse africaine. Si l&rsquo;Afrique est aujourd&rsquo;hui \u00ab\u00a0malade de ses intellectuels\u00a0\u00bb, la gu\u00e9rison viendra d&rsquo;une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration de femmes et d&rsquo;hommes de l&rsquo;esprit, d\u00e9cid\u00e9s \u00e0 faire de la connaissance non plus un instrument de distinction sociale ou d&rsquo;enrichissement personnel, mais une arme de lib\u00e9ration massive. 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Bonne lecture ! Au milieu des tumultes politiques, des urgences \u00e9conomiques et des red\u00e9finitions g\u00e9opolitiques qui secouent le continent, une question fondamentale demeure trop souvent rel\u00e9gu\u00e9e au second plan : o\u00f9 sont pass\u00e9s les penseurs de l&rsquo;Afrique ? Dire aujourd&rsquo;hui que notre continent est \u00ab malade de ses intellectuels \u00bb n\u2019est ni un \u00e9lan de cynisme, ni un d\u00e9saveu du savoir africain. C&rsquo;est le constat douloureux d&rsquo;une immense d\u00e9mission collective, le diagnostic d&rsquo;une \u00e9lite pensante qui a largement troqu\u00e9 le courage de la v\u00e9rit\u00e9 contre le confort du compromis facile et l&rsquo;art du r\u00e9trop\u00e9dalage politique. De l&rsquo;\u00e2ge d&rsquo;or des \u00e9claireurs au silence des cam\u00e9l\u00e9ons. Pourtant, l&rsquo;Afrique a connu l&rsquo;\u00e2ge d&rsquo;or des pionniers. \u00c0 l&rsquo;\u00e9poque des ind\u00e9pendances et des luttes d&rsquo;\u00e9mancipation, les figures de Cheikh Anta Diop, Frantz Fanon ou Kwame Nkrumah ,Aim\u00e9 C\u00e9saire ou Thomas Sankara incarnaient une intelligence organique. Le savoir \u00e9tait alors une arme de lib\u00e9ration, une boussole pour tracer des voies endog\u00e8nes et inventer un dessein africain. Soixante ans plus tard, le contraste est saisissant : face \u00e0 la complexit\u00e9 des d\u00e9fis contemporains, la parole intellectuelle africaine s\u2019est largement d\u00e9mon\u00e9tis\u00e9e, prise au pi\u00e8ge de renoncements spectaculaires.Le sympt\u00f4me le plus aigu de cette pathologie r\u00e9side dans la plasticit\u00e9 id\u00e9ologique de notre \u00e9lite, pass\u00e9e ma\u00eetresse dans l&rsquo;art du r\u00e9trop\u00e9dalage politique. Le paradoxe des amphith\u00e9\u00e2tres : Combien de brillants universitaires, de juristes \u00e9m\u00e9rites et d&rsquo;\u00e9conomistes respect\u00e9s ont b\u00e2ti leur r\u00e9putation sur la critique f\u00e9roce des d\u00e9rives autoritaires ? Le reniement du d\u00e9cret : Les m\u00eames op\u00e8rent de spectaculaires t\u00eate-\u00e0-queue d\u00e8s qu\u2019un d\u00e9cret pr\u00e9sidentiel les appelle aux affaires. Ceux qui, hier, th\u00e9orisaient la limitation des mandats et la s\u00e9paration des pouvoirs se transforment, une fois nomm\u00e9s ministres ou conseillers, en architectes du d\u00e9verrouillage constitutionnel. Le vernis acad\u00e9mique ne sert plus \u00e0 \u00e9manciper le citoyen, mais \u00e0 habiller juridiquement ou \u00e9conomiquement les ambitions de survie des r\u00e9gimes en place.La tentation de la table et le co\u00fbt du cynismeCe compromis facile avec le pouvoir ne rel\u00e8ve pas de la nuance politique, mais d&rsquo;une strat\u00e9gie de subsistance ou d&rsquo;ascension sociale. En Afrique, o\u00f9 l&rsquo;\u00c9tat demeure le principal dispensateur de richesses et de prestige, l&rsquo;intellectuel est soumis \u00e0 une terrible tentation : celle de troquer la rigueur de sa pens\u00e9e contre un maroquin, un budget ou les privil\u00e8ges de la nomenklatura.La capitulation de l&rsquo;esprit commence l\u00e0 o\u00f9 la qu\u00eate du confort personnel l&#8217;emporte d\u00e9finitivement sur l&rsquo;exigence de v\u00e9rit\u00e9. Pour une place \u00e0 la table des puissants, de grands esprits acceptent de se taire, ou pire, de r\u00e9diger les plaidoyers des politiques qu&rsquo;ils combattaient la veille. Ce reniement a un co\u00fbt immense pour la soci\u00e9t\u00e9 : il s\u00e8me le doute, nourrit le cynisme des populations et discr\u00e9dite durablement la valeur m\u00eame de la parole scientifique et de l&rsquo;expertise.Pendant que les intellectuels se plient aux exigences des agendas politiques changeants ou s&rsquo;ach\u00e8tent une tranquillit\u00e9 de cour, l\u2019espace public africain est laiss\u00e9 en friche. Il est aujourd&rsquo;hui colonis\u00e9 par le populisme num\u00e9rique, les slogans simplistes et les passions identitaires, faute de penseurs capables d&rsquo;opposer la force de l&rsquo;argument \u00e0 l&rsquo;argument de la force. Pour un sursaut \u00e9thique, l\u2019Afrique n&rsquo;a pourtant jamais eu aussi faim de pens\u00e9e critique et de coh\u00e9rence. \u00c0 l&rsquo;heure o\u00f9 la jeunesse africaine exige une rupture de paradigme, le continent ne peut plus se payer le luxe d&rsquo;une \u00e9lite spectatrice ou opportuniste. Gu\u00e9rir de ce mal exige un sursaut \u00e9thique absolu : l\u2019intellectuel africain doit r\u00e9apprendre \u00e0 dire \u00ab non \u00bb lorsqu\u2019il le faut . Il doit comprendre que sa v\u00e9ritable valeur ne se mesure pas \u00e0 la proximit\u00e9 de son bureau avec le palais pr\u00e9sidentiel, mais \u00e0 sa capacit\u00e9 \u00e0 rester une boussole morale et scientifique pour son peuple, par-del\u00e0 les alternances et les sir\u00e8nes du pouvoir.Le r\u00e9veil de l&rsquo;Afrique ne se fera pas uniquement par ses entrepreneurs, ses artistes ou ses ressources naturelles. Il exige, de mani\u00e8re vitale, une renaissance de la pens\u00e9e. 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Bonne lecture ! Au milieu des tumultes politiques, des urgences \u00e9conomiques et des red\u00e9finitions g\u00e9opolitiques qui secouent le continent, une question fondamentale demeure trop souvent rel\u00e9gu\u00e9e au second plan : o\u00f9 sont pass\u00e9s les penseurs de l&rsquo;Afrique ? Dire aujourd&rsquo;hui que notre continent est \u00ab malade de ses intellectuels \u00bb n\u2019est ni un \u00e9lan de cynisme, ni un d\u00e9saveu du savoir africain. C&rsquo;est le constat douloureux d&rsquo;une immense d\u00e9mission collective, le diagnostic d&rsquo;une \u00e9lite pensante qui a largement troqu\u00e9 le courage de la v\u00e9rit\u00e9 contre le confort du compromis facile et l&rsquo;art du r\u00e9trop\u00e9dalage politique. De l&rsquo;\u00e2ge d&rsquo;or des \u00e9claireurs au silence des cam\u00e9l\u00e9ons. Pourtant, l&rsquo;Afrique a connu l&rsquo;\u00e2ge d&rsquo;or des pionniers. \u00c0 l&rsquo;\u00e9poque des ind\u00e9pendances et des luttes d&rsquo;\u00e9mancipation, les figures de Cheikh Anta Diop, Frantz Fanon ou Kwame Nkrumah ,Aim\u00e9 C\u00e9saire ou Thomas Sankara incarnaient une intelligence organique. Le savoir \u00e9tait alors une arme de lib\u00e9ration, une boussole pour tracer des voies endog\u00e8nes et inventer un dessein africain. Soixante ans plus tard, le contraste est saisissant : face \u00e0 la complexit\u00e9 des d\u00e9fis contemporains, la parole intellectuelle africaine s\u2019est largement d\u00e9mon\u00e9tis\u00e9e, prise au pi\u00e8ge de renoncements spectaculaires.Le sympt\u00f4me le plus aigu de cette pathologie r\u00e9side dans la plasticit\u00e9 id\u00e9ologique de notre \u00e9lite, pass\u00e9e ma\u00eetresse dans l&rsquo;art du r\u00e9trop\u00e9dalage politique. Le paradoxe des amphith\u00e9\u00e2tres : Combien de brillants universitaires, de juristes \u00e9m\u00e9rites et d&rsquo;\u00e9conomistes respect\u00e9s ont b\u00e2ti leur r\u00e9putation sur la critique f\u00e9roce des d\u00e9rives autoritaires ? Le reniement du d\u00e9cret : Les m\u00eames op\u00e8rent de spectaculaires t\u00eate-\u00e0-queue d\u00e8s qu\u2019un d\u00e9cret pr\u00e9sidentiel les appelle aux affaires. Ceux qui, hier, th\u00e9orisaient la limitation des mandats et la s\u00e9paration des pouvoirs se transforment, une fois nomm\u00e9s ministres ou conseillers, en architectes du d\u00e9verrouillage constitutionnel. Le vernis acad\u00e9mique ne sert plus \u00e0 \u00e9manciper le citoyen, mais \u00e0 habiller juridiquement ou \u00e9conomiquement les ambitions de survie des r\u00e9gimes en place.La tentation de la table et le co\u00fbt du cynismeCe compromis facile avec le pouvoir ne rel\u00e8ve pas de la nuance politique, mais d&rsquo;une strat\u00e9gie de subsistance ou d&rsquo;ascension sociale. En Afrique, o\u00f9 l&rsquo;\u00c9tat demeure le principal dispensateur de richesses et de prestige, l&rsquo;intellectuel est soumis \u00e0 une terrible tentation : celle de troquer la rigueur de sa pens\u00e9e contre un maroquin, un budget ou les privil\u00e8ges de la nomenklatura.La capitulation de l&rsquo;esprit commence l\u00e0 o\u00f9 la qu\u00eate du confort personnel l&#8217;emporte d\u00e9finitivement sur l&rsquo;exigence de v\u00e9rit\u00e9. Pour une place \u00e0 la table des puissants, de grands esprits acceptent de se taire, ou pire, de r\u00e9diger les plaidoyers des politiques qu&rsquo;ils combattaient la veille. Ce reniement a un co\u00fbt immense pour la soci\u00e9t\u00e9 : il s\u00e8me le doute, nourrit le cynisme des populations et discr\u00e9dite durablement la valeur m\u00eame de la parole scientifique et de l&rsquo;expertise.Pendant que les intellectuels se plient aux exigences des agendas politiques changeants ou s&rsquo;ach\u00e8tent une tranquillit\u00e9 de cour, l\u2019espace public africain est laiss\u00e9 en friche. Il est aujourd&rsquo;hui colonis\u00e9 par le populisme num\u00e9rique, les slogans simplistes et les passions identitaires, faute de penseurs capables d&rsquo;opposer la force de l&rsquo;argument \u00e0 l&rsquo;argument de la force. Pour un sursaut \u00e9thique, l\u2019Afrique n&rsquo;a pourtant jamais eu aussi faim de pens\u00e9e critique et de coh\u00e9rence. \u00c0 l&rsquo;heure o\u00f9 la jeunesse africaine exige une rupture de paradigme, le continent ne peut plus se payer le luxe d&rsquo;une \u00e9lite spectatrice ou opportuniste. Gu\u00e9rir de ce mal exige un sursaut \u00e9thique absolu : l\u2019intellectuel africain doit r\u00e9apprendre \u00e0 dire \u00ab non \u00bb lorsqu\u2019il le faut . Il doit comprendre que sa v\u00e9ritable valeur ne se mesure pas \u00e0 la proximit\u00e9 de son bureau avec le palais pr\u00e9sidentiel, mais \u00e0 sa capacit\u00e9 \u00e0 rester une boussole morale et scientifique pour son peuple, par-del\u00e0 les alternances et les sir\u00e8nes du pouvoir.Le r\u00e9veil de l&rsquo;Afrique ne se fera pas uniquement par ses entrepreneurs, ses artistes ou ses ressources naturelles. Il exige, de mani\u00e8re vitale, une renaissance de la pens\u00e9e. 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