
{"id":1345,"date":"2026-05-11T21:11:31","date_gmt":"2026-05-11T21:11:31","guid":{"rendered":"https:\/\/relanceinfo.tg\/?p=1345"},"modified":"2026-05-11T21:31:00","modified_gmt":"2026-05-11T21:31:00","slug":"1345","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/relanceinfo.tg\/?p=1345","title":{"rendered":"Togo|V\u00e8 R\u00e9publique : Dr Jean Emmanuel GNAGNON met en lumi\u00e8re une tribune Christian E. TRIMUA"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>L&rsquo;analyse stylistico-herm\u00e9neutique de l&rsquo;article de Trimua fait par<strong><br>l&rsquo;Enseignant- chercheur \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Lom\u00e9, Sp\u00e9cialiste de Litt\u00e9rature africaine<br>et Expert en Gouvernance de l\u2019Etat et Management des Crises<\/strong>, <strong><strong>Dr Wonouvo Kossi Gnagnon<\/strong><\/strong> r\u00e9v\u00e8le un texte d&rsquo;une remarquable complexit\u00e9, un texte qui dit ce qu&rsquo;il ne dit pas, qui critique ce qu&rsquo;il d\u00e9crit, qui juge ce qu&rsquo;il analyse, et surtout qui ouvre une voie de secours parmi les sillons des d\u00e9rives doctrinales<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 travers une tribune, l&rsquo;ancien adjoint au Maire de la commune des Lacs 3 et pr\u00e9sident national du Mouvement Togolais pour la Restauration (MTR) donne son point de vue.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Faites bonne lecture !<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Tribune \/ Analyse stylistico-herm\u00e9neutique de l&rsquo;article \u00ab Le c\u00e9sarisme dans le r\u00e9gime parlementaire togolais \u00bb de Christian Eninam Trimua : une critique \u00e9l\u00e9gante de la Ve R\u00e9publique togolaise<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Note pr\u00e9liminaire<\/strong> <br>Un mot a attir\u00e9 l\u2019attention de plusieurs lecteurs avis\u00e9s ces derniers jours dans l\u2019actualit\u00e9 politique nationale et acad\u00e9mique togolaise : le c\u00e9sarisme ! C\u2019est un concept que j\u2019ai d\u00e9couvert pour ma part en 2007 lorsque je pr\u00e9parais mon m\u00e9moire de maitrise sur le sujet \u00ab Ecriture et politique dans En attendant le vote des b\u00eates sauvages d\u2019Ahmadou Kourouma \u00bb. Ma curiosit\u00e9 a \u00e9t\u00e9 assouvie lorsque Feu le Professeur Yao Edoh Am\u00e9la m\u2019a fait lire sa th\u00e8se de Troisi\u00e8me Cycle soutenue en 1973 \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Lyon II sur le sujet : \u00ab Recherche sur les fondements politiques et moraux du c\u00e9sarisme \u00bb.<br>En effet, le c\u00e9sarisme est une forme de pouvoir politique marqu\u00e9e par la concentration des pouvoirs entre les mains d\u2019un seul individu, g\u00e9n\u00e9ralement pr\u00e9sent\u00e9 comme un chef providentiel. Il combine une autorit\u00e9 fortement personnalis\u00e9e et un appui populaire souvent construit par la d\u00e9magogie, la propagande ou le pl\u00e9biscite, donnant l\u2019apparence d\u2019une l\u00e9gitimit\u00e9 d\u00e9mocratique. Ce r\u00e9gime repose sur le culte du chef, l\u2019exaltation de sa personne et la conviction id\u00e9ologique que certains hommes sont destin\u00e9s \u00e0 commander tandis que d\u2019autres doivent ob\u00e9ir. Il se caract\u00e9rise \u00e9galement par une centralisation extr\u00eame des d\u00e9cisions et une volont\u00e9 de supr\u00e9matie dans tous les domaines de l\u2019\u00c9tat, qu\u2019ils soient politiques, militaires ou symboliques. Ainsi, le c\u00e9sarisme appara\u00eet comme un r\u00e9gime hybride, \u00e0 la fois autoritaire dans son fonctionnement et populiste dans sa justification.<br>Depuis lors, j\u2019ai nourri une fascination pour Jules C\u00e9sar et pour le c\u00e9sarisme comme objet de r\u00e9flexion sur la souverainet\u00e9, l\u2019autocratie et la d\u00e9mocratie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Introduction<\/strong><br>Et si le parlementarisme togolais n\u2019\u00e9tait, au fond, qu\u2019une construction formelle masquant une r\u00e9alit\u00e9 bien diff\u00e9rente ? C\u2019est la question que je me suis pos\u00e9e, une fois de plus, \u00e0 la lecture de l\u2019article de Christian Eninam Trimua consacr\u00e9 au sujet intitul\u00e9 \u00ab Le c\u00e9sarisme dans le r\u00e9gime parlementaire togolais \u00bb. Car derri\u00e8re la rigueur apparente de l\u2019analyse juridique, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9 par la port\u00e9e critique, presque silencieuse, qui traverse l\u2019ensemble du raisonnement.<br>Rappelons que Christian Eninam Trimua est Ma\u00eetre-Assistant en droit public \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Lom\u00e9. Sp\u00e9cialiste reconnu du constitutionnalisme africain, il est notamment l&rsquo;auteur de travaux sur \u00ab l&rsquo;id\u00e9e r\u00e9publicaine de la Constitution en Afrique \u00bb (Afrilex, 2014) et sur \u00ab le fantasme monarchique en Afrique \u00bb (M\u00e9langes Koffi Ahadzi-Nonou, 2021). La pr\u00e9sente contribution, d&rsquo;une trentaine de pages tr\u00e8s denses, s&rsquo;inscrit dans le d\u00e9bat doctrinal ouvert par la Constitution togolaise du 6 mai 2024. Elle ambitionne de proposer une qualification autonome et originale de ce texte constitutionnel, en rupture avec les lectures concurrentes d\u00e9j\u00e0 formul\u00e9es.<br>\u00c0 plusieurs titres, l&rsquo;article de Christian Eninam Trimua se pr\u00e9sente sous les dehors d&rsquo;une contribution de droit constitutionnel compar\u00e9, neutre, technique, savante. Pourtant, une lecture attentive \u00e0 ses choix stylistiques, \u00e0 sa construction rh\u00e9torique et \u00e0 ses pr\u00e9suppos\u00e9s herm\u00e9neutiques r\u00e9v\u00e8le une critique implicite et \u00e9l\u00e9gante mais syst\u00e9matique du r\u00e9gime institu\u00e9 par la Constitution du 6 mai 2024. L&rsquo;auteur n&rsquo;attaque pas frontalement : il d\u00e9montre, qualifie, compare, et c&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment dans l&rsquo;art de la qualification que r\u00e9side l&rsquo;acte critique.<br>En effet, en d\u00e9crivant minutieusement les m\u00e9canismes institutionnels issus de la Constitution du 6 mai 2024, l\u2019auteur ne se contente pas, \u00e0 mon sens, d\u2019en rendre compte. Il en r\u00e9v\u00e8le les d\u00e9s\u00e9quilibres, les tensions et surtout les effets concrets : concentration du pouvoir ex\u00e9cutif, affaiblissement du Parlement, transformation des m\u00e9canismes de responsabilit\u00e9. Autant d\u2019\u00e9l\u00e9ments qui m\u2019ont conduit \u00e0 voir dans cet article bien plus qu\u2019une simple \u00e9tude doctrinale.<br>J\u2019y lis, pour ma part, une critique implicite du parlementarisme togolais, ou du moins de la mani\u00e8re dont celui-ci est aujourd\u2019hui configur\u00e9. Car si les formes du r\u00e9gime parlementaire sont maintenues, leur substance semble profond\u00e9ment reconfigur\u00e9e au profit d\u2019un pouvoir ex\u00e9cutif centralis\u00e9.<br>Dans cette perspective, je propose ici une analyse stylistico-herm\u00e9neutique de cet article, attentive non seulement aux concepts mobilis\u00e9s, mais aussi aux choix d\u2019\u00e9criture, aux inflexions du discours et aux significations sous-jacentes qui s\u2019en d\u00e9gagent. Il s\u2019agira ainsi de lire le texte au-del\u00e0 de sa surface juridique, pour en saisir les logiques profondes et la port\u00e9e critique.<br>Avant d&rsquo;entrer dans l&rsquo;analyse proprement dite, il convient de poser le cadre herm\u00e9neutique qui gouvernera la lecture. L&rsquo;article de Christian Eninam Trimua se pr\u00e9sente comme une contribution au droit constitutionnel compar\u00e9, de natrure acad\u00e9mique dont les conventions imposent une neutralit\u00e9 de ton, une objectivit\u00e9 de fa\u00e7ade, une distance calcul\u00e9e entre l&rsquo;auteur et son objet. Pourtant, d\u00e8s les premi\u00e8res lignes, quelque chose r\u00e9siste \u00e0 cette neutralit\u00e9 affich\u00e9e. Une dialectique traverse le texte entre ce qu&rsquo;il \u00ab dit \u00bb, ce qu&rsquo;il \u00ab veut dire \u00bb et ce qu\u2019il \u00ab fait dire \u00bb, entre sa rh\u00e9torique d\u00e9clarative et ses effets performatifs, entre l&rsquo;apparente description et le jugement de valeur qui s&rsquo;y dissimule.<br>C&rsquo;est cette dynamique que l&rsquo;analyse stylistico-herm\u00e9neutique, que j\u2019entreprends ici et que je consid\u00e8re comme un compte-rendu de lecture, entend mettre au jour. Il s&rsquo;agit de lire l&rsquo;article non pas \u00e0 travers son appareil scientifique mais contre lui, de prendre au s\u00e9rieux les choix lexicaux, les structures syntaxiques, les dispositifs intertextuels, les figures rh\u00e9toriques comme autant d&rsquo;indices d&rsquo;une subjectivit\u00e9 critique qui se d\u00e9robe sans jamais totalement dispara\u00eetre. En d&rsquo;autres termes, il faut lire Trimua comme on lit un texte litt\u00e9raire : en supposant que rien n&rsquo;est innocent, que chaque mot a \u00e9t\u00e9 pes\u00e9, que chaque comparaison a \u00e9t\u00e9 choisie, que chaque m\u00e9taphore produit un sens exc\u00e9dentaire par rapport \u00e0 sa fonction purement descriptive.<br>Je voudrais rappeler que cette approche s&rsquo;appuie sur trois traditions analytiques convergentes. La rh\u00e9torique classique (h\u00e9rit\u00e9e d&rsquo;Aristote et de Cic\u00e9ron) qui distingue entre logos (argument), ethos (posture de l&rsquo;auteur) et pathos (effet sur le lecteur). La stylistique contemporaine (Riffaterre, Genette, Amossy) postule que le style n&rsquo;est pas un ornement mais une production de sens. L&rsquo;herm\u00e9neutique des sciences sociales (Ric\u0153ur, Bourdieu) s\u2019emploie \u00e0 interroger les pr\u00e9suppos\u00e9s et les angles morts des discours savants. C&rsquo;est \u00e0 l&rsquo;intersection de ces trois traditions que la pr\u00e9sente analyse entend se situer.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>I. Le titre comme acte herm\u00e9neutique fondateur : nommer c&rsquo;est juger<\/strong><br>A. La qualification comme geste politique d\u00e9guis\u00e9 en geste scientifique<br>Le titre de l&rsquo;article, \u00ab Le c\u00e9sarisme dans le r\u00e9gime parlementaire togolais \u00bb, est le premier et le plus d\u00e9cisif des actes critiques que Trimua accomplit. Dans les sciences du droit, qualifier un r\u00e9gime n&rsquo;est jamais une op\u00e9ration neutre : c&rsquo;est un acte de classement qui engage une hi\u00e9rarchie de valeurs, un ensemble de pr\u00e9suppos\u00e9s normatifs sur ce que doit \u00eatre une constitution d\u00e9mocratique. Qualifier la Ve R\u00e9publique togolaise de \u2018\u2019c\u00e9sarisme dans le r\u00e9gime parlementaire\u2019\u2019 n&rsquo;est donc pas seulement d\u00e9crire une r\u00e9alit\u00e9 institutionnelle, c\u2019est la soumettre \u00e0 un tribunal implicite dont les crit\u00e8res sont ceux du constitutionnalisme lib\u00e9ral occidental.<br>Mais allons plus loin. Le mot \u2018\u2019c\u00e9sarisme\u2019\u2019 est porteur d&rsquo;une charge historique et id\u00e9ologique consid\u00e9rable. Il renvoie d&rsquo;abord \u00e0 Jules C\u00e9sar lui-m\u00eame \u2014 que Trimua mentionne explicitement (p. 2) en rappelant qu&rsquo;il \u00ab concentra pouvoirs civils et militaires, d\u00e9veloppant un culte de la personnalit\u00e9 \u00bb. Le registre est d&#8217;embl\u00e9e celui de l&rsquo;exc\u00e8s, de la d\u00e9mesure, de la transgression des normes r\u00e9publicaines. C\u00e9sar n&rsquo;est pas seulement un homme de pouvoir : c&rsquo;est l&rsquo;homme qui a d\u00e9truit la R\u00e9publique romaine. Le nommer dans un article de droit constitutionnel togolais, c&rsquo;est convoquer un pr\u00e9c\u00e9dent historique qui n&rsquo;est pas flatteur pour le r\u00e9gime analys\u00e9.<br>En effet, le c\u00e9sarisme renvoie ensuite, dans la tradition politique fran\u00e7aise, aux deux Bonaparte, et particuli\u00e8rement \u00e0 Napol\u00e9on III, dont le \u2018\u2019coup d&rsquo;\u00c9tat\u2019\u2019 du 2 d\u00e9cembre 1851 constitue le paradigme du r\u00e9gime qui use des formes d\u00e9mocratiques pour concentrer le pouvoir. Ainsi, le \u2018\u2019c\u00e9sarisme bonapartiste\u2019\u2019 est pr\u00e9cis\u00e9ment le r\u00e9gime qui \u00ab se donne des apparences \u00bb de l\u00e9gitimit\u00e9 populaire (pl\u00e9biscite, suffrage universel) tout en neutralisant les contre-pouvoirs r\u00e9els. La r\u00e9f\u00e9rence implicite \u00e0 cette tradition, dans un article sur une constitution adopt\u00e9e \u2018\u2019sans assembl\u00e9e constituante ni r\u00e9f\u00e9rendum\u2019\u2019 (p. 2, note 2), est d&rsquo;une pr\u00e9cision redoutable.<br>Enfin, le c\u00e9sarisme renvoie \u00e0 la th\u00e9orisation de Max Weber sur la d\u00e9mocratie pl\u00e9biscitaire, une forme de domination l\u00e9gale-rationnelle dans laquelle le leader charismatique use des proc\u00e9dures d\u00e9mocratiques pour se constituer une l\u00e9gitimit\u00e9 personnelle qui finit par transcender les institutions. Trimua cite explicitement Weber (p. 2, 3, 7, 29), mais s\u2019abstient en tout et pour tout de le contredire. C&rsquo;est pour dire : le Pr\u00e9sident du Conseil togolais \u00ab est \u00bb un leader de ce type, et la Constitution de 2024 a \u00ab constitutionnalis\u00e9 \u00bb ce type de leadership.<br>B. Le sous-titre : la litote acad\u00e9mique comme euph\u00e9misme critique<br>Le sous-titre, \u00ab Analyse compar\u00e9e d&rsquo;un parlementarisme de direction \u00bb, fonctionne comme une litote savante. La litote est la figure qui consiste \u00e0 att\u00e9nuer l&rsquo;expression de sa pens\u00e9e pour en renforcer l&rsquo;effet. \u00ab Parlementarisme de direction \u00bb semble moins radical que \u00ab c\u00e9sarisme \u00bb ; mais c&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment parce qu&rsquo;il para\u00eet moins radical qu&rsquo;il est rh\u00e9toriquement efficace : il traduit en langage acad\u00e9mique accept\u00e9 ce que le titre principal dit en termes brutaux.<br>\u00ab Parlementarisme de direction \u00bb contient en effet une contradiction interne. Le parlementarisme suppose que l&rsquo;autorit\u00e9 \u00ab \u00e9merge \u00bb du Parlement ; la \u00ab direction \u00bb suppose que quelqu&rsquo;un \u00ab dirige \u00bb le Parlement. L&rsquo;oxymore est discret mais r\u00e9el : on a un Parlement qui est dirig\u00e9 plut\u00f4t qu&rsquo;un Parlement qui dirige. Le sous-titre est donc lui-m\u00eame une critique d\u00e9guis\u00e9e en cat\u00e9gorie analytique.<br>C. L&rsquo;absence de guillemets autour de parlementarisme : un choix stylistique r\u00e9v\u00e9lateur<br>Un d\u00e9tail stylistique m\u00e9rite attention : Trimua met parfois des guillemets autour de termes dont il conteste la pertinence : \u00ab c\u00e9sarisme dans le r\u00e9gime parlementaire \u00bb (p. 2, entre guillemets quand il pr\u00e9sente la notion), \u00ab parlementarisme n\u00e9gatif \u00bb, \u00ab duo gagnant \u00bb, \u00ab duel perdant \u00bb, \u00ab Lucky Luke constitutionnel \u00bb, mais il ne met jamais de guillemets autour du mot \u2018\u2019parlementarisme\u2019\u2019 lorsqu&rsquo;il l&rsquo;applique au r\u00e9gime togolais. Ce refus de mise \u00e0 distance graphique n&rsquo;est pas anodin : il signale que le terme est utilis\u00e9 dans sa valeur pleine, non ironique ; et que c&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment cette pleine valeur qui, confront\u00e9e \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 institutionnelle, produit le paradoxe d\u00e9nonc\u00e9. Le r\u00e9gime \u00ab se dit \u00bb parlementaire sans guillemets ; Trimua lui r\u00e9pond en usant du terme dans sa rigueur conceptuelle qui r\u00e9v\u00e8le en r\u00e9alit\u00e9 son lot d\u2019imposture. Ce fait t\u00eatu et r\u00e9sistant de la forfaiture est bien d\u00e9voil\u00e9 par l\u2019architecture m\u00eame du texte.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>II. L&rsquo;architecture du texte : une rh\u00e9torique de la r\u00e9v\u00e9lation progressive<\/strong><br>A. La structure en entonnoir : du g\u00e9n\u00e9ral au particulier accablant<br>L&rsquo;article suit une progression rh\u00e9torique qui va du g\u00e9n\u00e9ral (les typologies constitutionnelles, les d\u00e9bats doctrinaux, l&rsquo;histoire constitutionnelle togolaise) vers le particulier (les m\u00e9canismes pr\u00e9cis de la Constitution de 2024). Cette progression en entonnoir n&rsquo;est pas seulement p\u00e9dagogique : elle est strat\u00e9giquement critique. En commen\u00e7ant par poser les standards du constitutionnalisme compar\u00e9, Trimua installe les crit\u00e8res de jugement avant d&rsquo;examiner le cas togolais. Le lecteur est ainsi conditionn\u00e9 \u00e0 mesurer la Constitution de 2024 \u00e0 l&rsquo;aune de ces standards.<br>La technique ici est celle du proc\u00e8s par les principes : on \u00e9nonce d&rsquo;abord la r\u00e8gle (le r\u00e9gime parlementaire repose sur la responsabilit\u00e9 effective du gouvernement) ; on montre ensuite que le cas ne respecte pas la r\u00e8gle (la responsabilit\u00e9 togolaise est \u00ab invers\u00e9e \u00bb, \u00ab neutralis\u00e9e \u00bb, \u00ab th\u00e9orique \u00bb) ; on conclut que le cas est \u00ab hors cat\u00e9gorie \u00bb ; ce qui, dans le vocabulaire du droit constitutionnel et ce \u00e0 plusieurs titres, \u00e9quivaut \u00e0 un diagnostic de pathologie institutionnelle en face de la pluralit\u00e9 des positions doctrinales.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">B. Le traitement des positions doctrinales adverses : une dialectique bienveillante et impitoyable<br>Le traitement des positions de Kpodar, Kokoroko et Hounak\u00e9 m\u00e9rite une analyse d\u00e9taill\u00e9e, car il illustre parfaitement la rh\u00e9torique critique voil\u00e9e de Trimua.<br>L&rsquo;auteur pr\u00e9sente ces positions avec un soin remarquable. En effet, il leur consacre plusieurs pages, restitue fid\u00e8lement leurs arguments, reconna\u00eet leur coh\u00e9rence interne partielle. Ce traitement g\u00e9n\u00e9reux n&rsquo;est pas de la magnanimit\u00e9 acad\u00e9mique gratuite : c&rsquo;est une technique rh\u00e9torique classique que Quintilien appelait concessio : on conc\u00e8de \u00e0 l&rsquo;adversaire ce qu&rsquo;il a raison de dire, pour mieux montrer ensuite ce qu&rsquo;il a tort de ne pas voir.<br>Ainsi, la concessio de Trimua est d&rsquo;autant plus efficace qu&rsquo;elle est pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e d&rsquo;un diagnostic sur la m\u00e9thode (et non seulement sur les conclusions) de ses coll\u00e8gues : \u00ab La m\u00e9thode est en cause autant que le diagnostic \u00bb (p. 5). Trimua sugg\u00e8re ainsi que ses coll\u00e8gues togolais sont prisonniers du formalisme juridique, incapables de voir la r\u00e9alit\u00e9 du pouvoir derri\u00e8re les cat\u00e9gories du droit ; ce qui, dans un article de droit constitutionnel qui emprunte explicitement aux sciences politiques (Weber, Schmitt, Duverger), est une critique de fond.<br>La formule conclusive sur les deux th\u00e8ses est d&rsquo;une finesse rh\u00e9torique remarquable : \u00ab Chacune saisit une portion de la r\u00e9alit\u00e9 du r\u00e9gime que l&rsquo;autre \u00e9claire moins. Mais chacune laisse aussi un point dans l&rsquo;angle mort, et c&rsquo;est de la convergence de ces deux angles morts que na\u00eet la possibilit\u00e9 d&rsquo;une troisi\u00e8me qualification \u00bb (p. 5). La m\u00e9taphore des \u00ab angles morts \u00bb est emprunt\u00e9e \u00e0 l&rsquo;optique : ce sont les zones que l&rsquo;\u0153il ne peut pas voir. Dire que les deux th\u00e8ses ont des \u00ab angles morts convergents \u00bb, c&rsquo;est sugg\u00e9rer qu&rsquo;elles partagent un m\u00eame point aveugle ; et que ce point aveugle est pr\u00e9cis\u00e9ment la zone o\u00f9 la v\u00e9rit\u00e9 critique sur le r\u00e9gime se dissimule. Trimua se positionne ainsi comme celui qui \u2018\u2019voit\u2019\u2019 ce que les autres ne peuvent pas voir, et r\u00e9v\u00e8le ainsi une posture \u00e9pist\u00e9mique qui est aussi, in\u00e9vitablement, une posture politique qui consacre sa conclusion.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C. La conclusion comme \u00e9pilogue diff\u00e9r\u00e9 : l&rsquo;ouverture qui ferme<br>La conclusion de l&rsquo;article est construite sur un paradoxe rh\u00e9torique : elle ouvre formellement une question (la Constitution demeurera-t-elle normative ou s\u00e9mantique ?) tout en ayant ferm\u00e9 cette question dans le corps du texte. Cette ouverture finale est une figure de style que l&rsquo;on pourrait appeler la quaestio suspensa invers\u00e9e : on feint de ne pas savoir ce qu&rsquo;on a d\u00e9montr\u00e9 tout au long de l&rsquo;article.<br>La derni\u00e8re phrase \u00ab car c&rsquo;est dans cet espace, entre la d\u00e9f\u00e9rence des juges et une direction ex\u00e9cutive non contrainte, que se jouera, autant que le sort d&rsquo;un r\u00e9gime, la maturit\u00e9 du constitutionnalisme africain contemporain \u00bb (p. 32) est construite comme une sententia latine : une formule conclusive \u00e0 valeur gnomique, qui d\u00e9passe le cas togolais pour s&rsquo;\u00e9lever \u00e0 une r\u00e9flexion sur le constitutionnalisme africain en g\u00e9n\u00e9ral. Ce mouvement d&rsquo;\u00e9l\u00e9vation finale est typique du discours critique qui se dissimule sous l&rsquo;apparence du discours scientifique : en universalisant la question, on d\u00e9personnalise la critique tout en la rendant plus grave. Ce n&rsquo;est plus seulement la Ve R\u00e9publique togolaise qui est en cause ; c&rsquo;est \u00ab la maturit\u00e9 du constitutionnalisme africain contemporain \u00bb qui l\u2019est. La responsabilit\u00e9 est ainsi port\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle du continent.<br>Il est \u00e0 ce point utile de d\u00e9voiler une telle attitude discursive par l\u2019analyse lexicale de l\u2019article de Trimua.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>III. Le lexique : anatomie d&rsquo;une rh\u00e9torique de la d\u00e9sillusion<\/strong><br>A. Le champ s\u00e9mantique du simulacre : une saturation signifiante<br>L&rsquo;analyse lexicale de l&rsquo;article r\u00e9v\u00e8le une extraordinaire densit\u00e9 du champ s\u00e9mantique du simulacre et de la fiction. Ce champ n&rsquo;est pas simplement pr\u00e9sent ; il est saturant : il revient avec une r\u00e9gularit\u00e9 qui signale une intention.<br>Relevons les occurrences les plus frappantes :<br>Sur le registre du d\u00e9guisement et du costume :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>\u00ab emprunte au parlementarisme ses formes sans en restituer la substance \u00bb (r\u00e9sum\u00e9 et introduction)<\/li>\n\n\n\n<li>\u00ab oripeaux parlementaires \u00bb (p. 6, note 25)<\/li>\n\n\n\n<li>\u00ab ornement des cat\u00e9gories re\u00e7ues \u00bb (p. 5)<\/li>\n\n\n\n<li>\u00ab v\u00eatu d&rsquo;oripeaux parlementaires \u00bb (p. 6, note 25)<\/li>\n\n\n\n<li>\u00ab affichage du parlementarisme \u00bb (p. 2)<br>Sur le registre du masque et de la dissimulation :<\/li>\n\n\n\n<li>\u00ab dualisme institutionnel apparent \u00bb (p. 9)<\/li>\n\n\n\n<li>\u00ab bic\u00e9phalisme institutionnel apparent \u00bb (p. 9)<\/li>\n\n\n\n<li>\u00ab paravent d&rsquo;un monisme effectif \u00bb (p. 9)<\/li>\n\n\n\n<li>\u00ab artefact protocolaire \u00bb (p. 12)<\/li>\n\n\n\n<li>\u00ab similitude formelle masque des logiques oppos\u00e9es \u00bb (p. 19)<br>Sur le registre de la fiction et du th\u00e9orique :<\/li>\n\n\n\n<li>\u00ab parlementarisme \u00e0 responsabilit\u00e9 th\u00e9orique \u00bb (p. 18)<\/li>\n\n\n\n<li>\u00ab m\u00e9canisme quasi th\u00e9orique \u00bb (p. 19)<\/li>\n\n\n\n<li>\u00ab responsabilit\u00e9 substantiellement impraticable et neutralis\u00e9e \u00bb (p. 5)<\/li>\n\n\n\n<li>\u00ab principe surtout textuel \u00bb (p. 18, note 74)<\/li>\n\n\n\n<li>\u00ab fiction d&rsquo;un commandement partag\u00e9 \u00bb (p. 11)<br>La r\u00e9currence de ce champ s\u00e9mantique produit un effet de composition litt\u00e9raire remarquable : le lecteur est progressivement convaincu que la Constitution de 2024 est \u00ab un grand th\u00e9\u00e2tre institutionnel, une mise en sc\u00e8ne dont les acteurs jouent des r\u00f4les qui ne correspondent pas \u00e0 leur pouvoir r\u00e9el. Le Parlement \u00ab joue \u00bb \u00e0 contr\u00f4ler un gouvernement qu&rsquo;il ne peut pas renverser ; le Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique \u00ab joue \u00bb \u00e0 \u00eatre chef de l&rsquo;\u00c9tat sans exercer de pouvoir effectif ; la responsabilit\u00e9 politique \u00ab joue \u00bb \u00e0 exister sans jamais pouvoir \u00eatre mise en \u0153uvre.<br>Cette m\u00e9taphore th\u00e9\u00e2trale, implicite mais omnipr\u00e9sente, fait \u00e9cho \u00e0 la tradition critique du theatrum politicum : l&rsquo;id\u00e9e que le pouvoir se maintient non par la force mais par la repr\u00e9sentation, par la mise en sc\u00e8ne de sa propre l\u00e9gitimit\u00e9. Trimua n&rsquo;utilise pas ce terme, mais sa saturation lexicale du simulacre dit exactement cela : la Ve R\u00e9publique togolaise est une performance constitutionnelle, qui traduit en r\u00e9alit\u00e9 la trag\u00e9die de l\u2019enfermement dans un parlementarisme th\u00e9\u00e2tral.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">B. Le champ s\u00e9mantique de la contrainte et de l&rsquo;enfermement<br>Parall\u00e8lement au champ du simulacre se d\u00e9veloppe un champ s\u00e9mantique de la contrainte physique qui donne au texte une tonalit\u00e9 quasi-carc\u00e9rale :<br>Sur le registre du verrouillage :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>\u00ab verrous \u00bb (\u00e0 plusieurs reprises)<\/li>\n\n\n\n<li>\u00ab verrouillant l&rsquo;ex\u00e9cutif \u00bb (p. 7)<\/li>\n\n\n\n<li>\u00ab verrouill\u00e9 le ressort essentiel \u00bb (p. 31)<\/li>\n\n\n\n<li>\u00ab clause anti-nomadisme \u00bb comme \u00ab mandat imp\u00e9ratif d\u00e9guis\u00e9 \u00bb (p. 5)<\/li>\n\n\n\n<li>\u00ab cimente la solidarit\u00e9 \u00bb (p. 19)<br>Sur le registre de la neutralisation :<\/li>\n\n\n\n<li>\u00ab neutralis\u00e9e \u00bb, \u00ab neutralise \u00bb, \u00ab neutralisation \u00bb (r\u00e9current)<\/li>\n\n\n\n<li>\u00ab impraticable \u00bb (p. 19)<\/li>\n\n\n\n<li>\u00ab inop\u00e9rant \u00bb (p. 11)<\/li>\n\n\n\n<li>\u00ab contenu \u00bb, \u00ab encadr\u00e9 \u00bb, \u00ab confin\u00e9 \u00bb, \u00ab cantonn\u00e9 \u00bb (r\u00e9current)<br>Sur le registre de la menace et de la peur :<\/li>\n\n\n\n<li>\u00ab \u00e9p\u00e9e de Damocl\u00e8s permanente \u00bb (p. 28)<\/li>\n\n\n\n<li>\u00ab dissuasive \u00bb, \u00ab dissuade \u00bb (r\u00e9current)<\/li>\n\n\n\n<li>\u00ab suicide parlementaire \u00bb (p. 23)<\/li>\n\n\n\n<li>\u00ab emprise \u00e0 double d\u00e9tente \u00bb (p. 28)<br>Ce champ s\u00e9mantique de la contrainte produit un effet de sens pr\u00e9cis : le r\u00e9gime de 2024 n&rsquo;est pas seulement d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9 : il est coercitif dans sa structure m\u00eame. Les acteurs institutionnels ne sont pas simplement moins puissants que le Pr\u00e9sident du Conseil : ils sont tenus en laisse, menac\u00e9s, neutralis\u00e9s. La Constitution n&rsquo;organise pas un \u00e9quilibre des pouvoirs : elle organise une subordination syst\u00e9matique.<br>Par ailleurs, l&rsquo;\u00e9p\u00e9e de Damocl\u00e8s m\u00e9rite une attention particuli\u00e8re. La figure mythologique renvoie \u00e0 la tyrannie et surtout \u00e0 Denys de Syracuse, qui fit asseoir Damocl\u00e8s sous une \u00e9p\u00e9e suspendue \u00e0 un fil pour lui faire sentir l&rsquo;ins\u00e9curit\u00e9 permanente du pouvoir absolu. Trimua l&rsquo;applique ici \u00e0 la situation du Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique face au Pr\u00e9sident du Conseil : le premier vit sous la menace permanente de la destitution, que le second peut d\u00e9clencher \u00e0 sa discr\u00e9tion. La r\u00e9f\u00e9rence mythologique transforme subtilement le Pr\u00e9sident du Conseil en tyran, sans jamais employer ce mot. C\u2019est aussi dire que beaucoup de choses sont dites par Trimua \u00e0 la mani\u00e8re de L\u00e9onard de Vinci.<br>C. Le champ s\u00e9mantique de la r\u00e9v\u00e9lation et de la v\u00e9rit\u00e9 cach\u00e9e<br>Un troisi\u00e8me champ s\u00e9mantique traverse l&rsquo;article : celui de la r\u00e9v\u00e9lation, de la mise \u00e0 nu, du d\u00e9voilement. Ce champ est directement li\u00e9 \u00e0 la posture \u00e9pist\u00e9mique de l&rsquo;auteur, celle du savant qui \u00ab voit \u00bb ce que les autres ne \u00ab peuvent \u00bb pas voir comme l\u2019\u0153il d\u2019Horus :<\/li>\n\n\n\n<li>\u00ab d\u00e9busquer derri\u00e8re l&rsquo;innomm\u00e9 le nomm\u00e9 \u00bb (p. 5)<\/li>\n\n\n\n<li>\u00ab atteindre l&rsquo;arch\u00e9type \u00bb derri\u00e8re \u00ab l&rsquo;ornement des cat\u00e9gories re\u00e7ues \u00bb (p. 5)<\/li>\n\n\n\n<li>\u00ab la m\u00e9canique r\u00e9elle du pouvoir \u00bb (p. 5) (opposition entre r\u00e9el et *formel)<\/li>\n\n\n\n<li>\u00ab passer de la constitution s\u00e9mantique \u00e0 la constitution effective \u00bb (p. 5)<\/li>\n\n\n\n<li>\u00ab sa nature v\u00e9ritable \u00bb (p. 5) (le terme v\u00e9ritable suppose qu&rsquo;il existe une nature fausse ou trompeuse).<br>Ce champ s\u00e9mantique installe Trimua dans une posture herm\u00e9neutique particuli\u00e8re : celle du d\u00e9codeur, du r\u00e9v\u00e9lateur, de celui qui perce les apparences pour acc\u00e9der \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 institutionnelle. Cette posture est en elle-m\u00eame critique : elle suppose que la Constitution dissimule quelque chose, qu&rsquo;elle a une double face, qu&rsquo;il faut un effort analytique pour voir ce qu&rsquo;elle cache. Un r\u00e9gime v\u00e9ritablement d\u00e9mocratique n&rsquo;a pas besoin d&rsquo;\u00eatre d\u00e9chiffr\u00e9 : il se donne \u00e0 lire. Un r\u00e9gime qui doit \u00eatre \u00ab d\u00e9busqu\u00e9 \u00bb est un r\u00e9gime qui a quelque chose \u00e0 cacher et que des lecteurs avis\u00e9s ont la capacit\u00e9 de r\u00e9v\u00e9ler \u00e0 travers les images et les tours rh\u00e9toriques.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>IV. Les figures rh\u00e9toriques : la critique par l&rsquo;image et le son<\/strong><br>A. L&rsquo;oxymore constitutionnel : nommer l&rsquo;impossible<br>L&rsquo;oxymore est la figure de style qui unit deux termes contradictoires. Trimua en use abondamment, et chaque oxymore est une critique condens\u00e9e :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>\u00ab Parlementarisme de direction \u00bb : on ne peut pas \u00e0 la fois \u00eatre parlementaire (gouvern\u00e9 par le Parlement) et de direction (gouvern\u00e9 par un chef qui dirige le Parlement).<\/li>\n\n\n\n<li>\u00ab Responsabilit\u00e9 politique invers\u00e9e \u00bb : la responsabilit\u00e9 ne peut pas \u00eatre invers\u00e9e ; par d\u00e9finition, elle va du gouvernement vers le Parlement, non l&rsquo;inverse. Une responsabilit\u00e9 invers\u00e9e est une contradiction dans les termes et c&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment ce que Trimua veut dire : la Constitution togolaise a produit un concept logiquement impossible.<\/li>\n\n\n\n<li>\u00ab Bicam\u00e9risme ultra-rationalis\u00e9 \u00bb : le parlementarisme rationalis\u00e9 vise \u00e0 stabiliser la d\u00e9mocratie sans la d\u00e9truire ; l&rsquo;ultra-rationalisation sugg\u00e8re qu&rsquo;on a d\u00e9pass\u00e9 le point d&rsquo;\u00e9quilibre, qu&rsquo;on est entr\u00e9 dans un exc\u00e8s qui retourne la rationalisation contre elle-m\u00eame.<\/li>\n\n\n\n<li>\u00ab Monisme ex\u00e9cutif substantiel voil\u00e9 d&rsquo;un dualisme institutionnel \u00bb : l&rsquo;oxymore ici est entre \u00ab monisme \u00bb et \u00ab dualisme \u00bb : on est \u00e0 la fois l&rsquo;un et l&rsquo;autre, selon qu&rsquo;on regarde la forme ou la substance. Mais l&rsquo;oxymore dit aussi qu&rsquo;il y a un voile et qui dit voile dit dissimulation par la d\u00e9naturation qui prend ici la forme monstrueuse du centaure ou du minotaure.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">B. La m\u00e9taphore fil\u00e9e de la chasse et du d\u00e9masquage<br>Le verbe \u00ab d\u00e9busquer \u00bb (p. 5) inaugure une m\u00e9taphore de la chasse qui court \u00e0 travers tout l&rsquo;article. \u00ab D\u00e9busquer \u00bb, c&rsquo;est faire sortir le gibier de son terrier ; c&rsquo;est forcer quelque chose \u00e0 se montrer malgr\u00e9 lui. La Constitution de 2024 est implicitement le gibier : elle se cache dans les fourr\u00e9s du vocabulaire parlementaire, et l&rsquo;analyste doit la forcer \u00e0 se montrer pour ce qu&rsquo;elle est r\u00e9ellement.<br>Cette m\u00e9taphore de la chasse se prolonge dans d&rsquo;autres images : le \u00ab verrou \u00bb (qu&rsquo;on force), la \u00ab dissimulation \u00bb (qu&rsquo;on perce), le \u00ab masque \u00bb (qu&rsquo;on arrache). Il y a dans cette rh\u00e9torique une dimension quasi-polici\u00e8re ; l&rsquo;analyste comme d\u00e9tective constitutionnel qui r\u00e9sout le crime de la d\u00e9mocratie confisqu\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C. La m\u00e9taphore th\u00e9\u00e2trale : le r\u00e9gime comme repr\u00e9sentation<br>Nous avons d\u00e9j\u00e0 signal\u00e9 la saturation du champ s\u00e9mantique du simulacre. Il convient d&rsquo;aller plus loin en analysant la structure proprement th\u00e9\u00e2trale de l&rsquo;argumentation de Trimua.<br>La distinction entre \u00ab forme \u00bb et \u00ab substance \u00bb, entre \u00ab institutionnel \u00bb et \u00ab mat\u00e9riel \u00bb, entre \u00ab nominal \u00bb et \u00ab effectif \u00bb, reproduit exactement la distinction th\u00e9\u00e2trale entre le personnage (ce que l&rsquo;acteur joue) et l&rsquo;acteur (ce qu&rsquo;il est en r\u00e9alit\u00e9). Le Parlement togolais \u00ab joue \u00bb le r\u00f4le d&rsquo;un Parlement souverain ; le Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique \u00ab joue \u00bb le r\u00f4le d&rsquo;un chef de l&rsquo;\u00c9tat ; la responsabilit\u00e9 politique \u00ab joue \u00bb le r\u00f4le d&rsquo;un contre-pouvoir. Mais derri\u00e8re ces personnages, il y a une r\u00e9alit\u00e9 diff\u00e9rente et c&rsquo;est cette r\u00e9alit\u00e9 que Trimua met \u00e0 nu.<br>La r\u00e9f\u00e9rence aux \u00ab dignified parts \u00bb de Bagehot (p. 25) est particuli\u00e8rement r\u00e9v\u00e9latrice \u00e0 cet \u00e9gard. Bagehot avait distingu\u00e9, dans la constitution anglaise du XIXe si\u00e8cle, les \u00ab efficient parts \u00bb (les organes qui gouvernent effectivement) et les \u00ab dignified parts \u00bb (les organes qui semblent gouverner mais ne font que conf\u00e9rer de la dignit\u00e9 et de la l\u00e9gitimit\u00e9 au r\u00e9gime). Appliquer cette cat\u00e9gorie au Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique togolais, c&rsquo;est le r\u00e9duire \u00e0 un d\u00e9cor institutionnel en ce qu\u2019il repr\u00e9sente un \u00e9l\u00e9ment de mise en sc\u00e8ne dont la fonction est symbolique et non gouvernementale. Il est tout simplement ironis\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D. L&rsquo;ironie comme figure critique souterraine<br>L&rsquo;ironie est la figure rh\u00e9torique la plus difficile \u00e0 identifier et la plus redoutable politiquement, parce qu&rsquo;elle permet de dire une chose en en signifiant une autre et de se d\u00e9fendre en cas d&rsquo;accusation en invoquant le sens litt\u00e9ral. Trimua pratique une ironie constitutionnelle ma\u00eetris\u00e9e, dont voici les manifestations les plus caract\u00e9ristiques.<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>L&rsquo;ironie du \u00ab duo gagnant \u00bb \/ \u00ab duel perdant \u00bb : Trimua reprend la formule de Kpodar sans la commenter, mais le contexte dans lequel il l&rsquo;ins\u00e8re lui conf\u00e8re un sens ironique. Un \u00ab duo gagnant \u00bb est cens\u00e9 \u00eatre une association b\u00e9n\u00e9fique pour les deux parties. Mais ici, le \u00ab duo \u00bb n&rsquo;est pas une association librement choisie ; c&rsquo;est une contrainte structurelle. Ex\u00e9cutif et l\u00e9gislatif sont forc\u00e9s de gagner ensemble parce qu&rsquo;ils seraient d\u00e9truits ensemble s&rsquo;ils s&rsquo;affrontaient. Le \u00ab duo gagnant \u00bb est en r\u00e9alit\u00e9 un duo encha\u00een\u00e9, et le gagnant n&rsquo;est que la fa\u00e7ade d&rsquo;une subordination mutuelle.<\/li>\n\n\n\n<li>L&rsquo;ironie de la \u00ab responsabilit\u00e9 du fait du gouvernement \u00bb : l&rsquo;analogie avec l&rsquo;article 1242 du Code civil (responsabilit\u00e9 du fait d&rsquo;autrui) est d&rsquo;une ironie mordante. En droit civil, on est responsable des dommages caus\u00e9s par ceux dont on a la garde : les parents pour leurs enfants, les employeurs pour leurs employ\u00e9s. Transposer cette logique au parlement, qui serait responsable des actes du gouvernement dont il a la garde, c&rsquo;est implicitement inverser le rapport de d\u00e9pendance : au lieu que le gouvernement d\u00e9pende du Parlement, c&rsquo;est le Parlement qui d\u00e9pend du gouvernement. L&rsquo;absurde de la comparaison dit l&rsquo;absurde du r\u00e9gime.<\/li>\n\n\n\n<li>L&rsquo;ironie de l&rsquo;\u00ab impeachment pr\u00e9ventif \u00bb : Trimua observe que l&rsquo;impeachment am\u00e9ricain sanctionne un pouvoir ex\u00e9cutif qui a abus\u00e9 de son pouvoir, tandis que l&rsquo;impeachment togolais pr\u00e9vient qu&rsquo;un pouvoir symbolique ne devienne actif (p. 29). L&rsquo;ironie est ici dans le renversement de la logique d\u00e9mocratique : dans une d\u00e9mocratie normale, on punit ceux qui ont trop de pouvoir ; dans la Ve R\u00e9publique togolaise, on menace ceux qui risqueraient d&rsquo;en avoir un peu, c&rsquo;est-\u00e0-dire d&rsquo;exercer simplement les fonctions que leur conf\u00e8re leur titre.<br>On peut aussi noter que le recours \u00e0 la bibliographie n\u2019est pas anodin chez Trimua dans cet article. Les choix sont significatifs et signifiants.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>V. L&rsquo;intertextualit\u00e9 comme strat\u00e9gie<\/strong> critique : une bibliographie accusatrice<br>A. Le choix des r\u00e9f\u00e9rences : un tribunal international convoqu\u00e9 contre le r\u00e9gime<br>La bibliographie de l&rsquo;article n&rsquo;est pas un simple appareil \u00e9rudit : c&rsquo;est une galerie de t\u00e9moins \u00e0 charge soigneusement s\u00e9lectionn\u00e9s. Analysons les principales convocations th\u00e9oriques.<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>Karl Loewenstein et la constitution s\u00e9mantique<br>Trimua cite Loewenstein \u00e0 au moins cinq reprises (p. 2, 5, 7, 30, 32), une insistance qui pourrait aller bien au-del\u00e0 de la r\u00e9f\u00e9rence acad\u00e9mique ordinaire. La notion de \u00ab constitution s\u00e9mantique \u00bb est la plus s\u00e9v\u00e8re des trois cat\u00e9gories loewensteiniennes : elle d\u00e9signe non une constitution imparfaite (nominale) mais une constitution instrumentalis\u00e9e, dont la fonction premi\u00e8re est de l\u00e9gitimer le pouvoir plut\u00f4t que de le limiter. En appliquant cette notion \u00e0 la Constitution de 2024 avec une telle insistance, Trimua la range dans la cat\u00e9gorie des textes constitutionnels qui sont des instruments de domination d\u00e9guis\u00e9s en instruments de limitation. C&rsquo;est un jugement d&rsquo;une s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 constitutionnelle maximale mais qui s\u2019inscrit dans la logique d\u2019une certaine v\u00e9rit\u00e9 politique factuelle.<\/li>\n\n\n\n<li>Carl Schmitt et le d\u00e9cisionnisme<br>La convocation de Schmitt (p. 2, 3) est particuli\u00e8rement significative. Schmitt est le th\u00e9oricien le plus controvers\u00e9 du droit constitutionnel, auteur d&rsquo;une d\u00e9fense de l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;exception qui a \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9e pour justifier les r\u00e9gimes autoritaires. Dire que la Constitution de 2024 illustre le d\u00e9cisionnisme schmittien, que la d\u00e9cision politique y \u00ab cesse de na\u00eetre de la d\u00e9lib\u00e9ration pour relever de la volont\u00e9 du chef \u00bb (p. 3), c&rsquo;est l&rsquo;associer \u00e0 une tradition intellectuelle li\u00e9e au gouvernement autoritaire.<\/li>\n\n\n\n<li>Tocqueville et le \u00ab despotisme doux \u00bb<br>La r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 Tocqueville (p. 3) ajoute une dimension suppl\u00e9mentaire. Tocqueville avait d\u00e9crit, dans De la d\u00e9mocratie en Am\u00e9rique, la forme moderne du despotisme comme un pouvoir \u00ab doux \u00bb, qui ne brise pas les volont\u00e9s mais les amollit, qui n&rsquo;opprime pas mais engourdit. Ce despotisme doux est pr\u00e9cis\u00e9ment celui qui conserve les formes de la d\u00e9mocratie (les \u00e9lections, les assembl\u00e9es, les discours) tout en vidant ces formes de leur contenu r\u00e9el. L&rsquo;allusion tocquevillienne dit donc : la Ve R\u00e9publique togolaise est un \u00ab despotisme moderne \u00bb, qui ne se donne pas comme tel mais qui l&rsquo;est dans ses effets.<\/li>\n\n\n\n<li>Th\u00e9odore Holo et la \u00ab d\u00e9mocratie \u00e9mascul\u00e9e \u00bb<br>La r\u00e9f\u00e9rence au juriste b\u00e9ninois Th\u00e9odore Holo (p. 3) est particuli\u00e8rement forte sur le plan rh\u00e9torique. La \u00ab d\u00e9mocratie \u00e9mascul\u00e9e \u00bb est une d\u00e9mocratie \u00e0 qui on a enlev\u00e9 sa virilit\u00e9, sa capacit\u00e9 de reproduction, de renouvellement, d&rsquo;affirmation de soi. La m\u00e9taphore est biologiquement violente : elle sugg\u00e8re une mutilation constitutionnelle, un acte d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 de privation d&rsquo;une facult\u00e9 essentielle. Appliquer cette notion \u00e0 la Constitution togolaise de 2024, c&rsquo;est dire que la d\u00e9mocratie y a \u00e9t\u00e9 chirurgicalement neutralis\u00e9e.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">B. Les absences significatives : ce que Trimua ne cite pas<br>Tout aussi r\u00e9v\u00e9latrice est l&rsquo;analyse de ce que Trimua ne cite pas. On cherchera en vain, dans les notes de bas de page, des r\u00e9f\u00e9rences aux concepteurs de la Constitution de 2024, aux rapports officiels qui l&rsquo;ont justifi\u00e9e, aux discours de ses partisans qui en vantent les m\u00e9rites d\u00e9mocratiques. L&rsquo;appareil bibliographique est enti\u00e8rement construit sur des auteurs critiques, de Loewenstein \u00e0 Holo en passant par Schmitt et Tocqueville. Les voix favorables au r\u00e9gime sont soit absentes, soit repr\u00e9sent\u00e9es par les analyses doctrinales (Kpodar, Kokoroko, Hounak\u00e9) que Trimua finit par r\u00e9futer.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C. La r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l&rsquo;ethno-constitutionnalisme : une arme \u00e0 double tranchant<br>La mention de \u00ab l&rsquo;ethno-constitutionnalisme africain \u00bb (p. 7, 31) comme cadre dans lequel s&rsquo;inscrirait la Constitution de 2024 est particuli\u00e8rement ambivalente. D&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, elle semble valoriser le particularisme africain contre le mim\u00e9tisme occidental. De l&rsquo;autre, elle d\u00e9signe le r\u00e9gime comme relevant d&rsquo;une tradition constitutionnelle sp\u00e9cifiquement africaine, ce qui peut \u00eatre lu comme une euph\u00e9misation de l&rsquo;autoritarisme africain.<br>En effet, Trimua joue sur cette ambivalence avec une habilet\u00e9 remarquable. Il pr\u00e9sente l&rsquo;ethno-constitutionnalisme comme une \u00ab troisi\u00e8me voie \u00bb (p. 31) ; ni le mod\u00e8le lib\u00e9ral occidental, ni la caricature autoritaire. Mais la \u00ab troisi\u00e8me voie \u00bb qu&rsquo;il d\u00e9crit est pr\u00e9cis\u00e9ment un r\u00e9gime qui \u00ab assume sa logique de direction \u00bb tout en \u00ab affirmant ses g\u00e8nes parlementaires \u00bb ; ce qui, traduit en langage non euph\u00e9mis\u00e9, signifie : un r\u00e9gime autoritaire qui se donne bonne conscience d\u00e9mocratique. La r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l&rsquo;ethno-constitutionnalisme est donc moins une valorisation du particularisme africain qu&rsquo;une mise en \u00e9vidence de ses d\u00e9rives possibles.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>VI. La syntaxe comme instrument critique : lire entre les lignes de la phrase<\/strong><br>A. Les phrases \u00e0 structure concessive : l&rsquo;art de donner pour mieux reprendre<br>Trimua utilise abondamment une structure syntaxique particuli\u00e8re : la phrase concessive, qui accorde quelque chose d&rsquo;une main pour le retirer de l&rsquo;autre. Cette structure est l&rsquo;instrument syntaxique par excellence de la critique voil\u00e9e.<br>Exemples :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>\u00ab Le Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique conserve une place singuli\u00e8re dans l&rsquo;\u00e9quilibre constitutionnel de 2024. Compar\u00e9 aux chefs d&rsquo;\u00c9tat des constitutions pr\u00e9c\u00e9dentes, il conserve une influence r\u00e9elle sur la vie politique, sans pour autant \u00eatre marginalis\u00e9 \u00bb (p. 24).<br>La concession (influence r\u00e9elle, pas marginalis\u00e9) est imm\u00e9diatement relativis\u00e9e par la suite du texte, qui montre que cette influence est \u00ab symbolique \u00bb, \u00ab encadr\u00e9e \u00bb, \u00ab cantonn\u00e9e \u00bb. La concession est donc rh\u00e9toriquement fausse : elle pr\u00e9pare la r\u00e9futation.<\/li>\n\n\n\n<li>\u00ab Le Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique n&rsquo;est donc pas un acteur passif : ses initiatives, m\u00eame marginales, peuvent infl\u00e9chir les \u00e9quilibres du r\u00e9gime \u00bb (p. 26).<br>L&rsquo;adverbe \u00ab m\u00eame \u00bb dans l\u2019expression \u00ab m\u00eame marginales \u00bb dit l&rsquo;essentiel : les initiatives du Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique sont \u00ab marginales \u00bb par d\u00e9finition. La n\u00e9gation (n&rsquo;est pas passif) est ainsi annul\u00e9e par la qualification (\u00ab marginales \u00bb). La syntaxe concessive produit un effet paradoxal : en refusant de dire que le Pr\u00e9sident est \u00ab passif \u00bb, elle dit qu&rsquo;il est \u00ab presque passif \u00bb.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">B. Les \u00e9num\u00e9rations accumulatives : la d\u00e9monstration par saturation<br>Trimua use fr\u00e9quemment d&rsquo;\u00e9num\u00e9rations longues (de comp\u00e9tences, de m\u00e9canismes, de comparaisons) qui produisent un effet d&rsquo;accumulation critique. L&rsquo;exemple le plus frappant est la liste des \u00ab comp\u00e9tences absentes \u00bb du Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique (p. 9) : \u00ab Il ne nomme pas le chef du gouvernement, n&rsquo;accepte ni ne refuse sa d\u00e9mission, ne dispose ni du pouvoir de dissolution, ni du droit de gr\u00e2ce, ni de la promulgation des lois, ni d&rsquo;un pouvoir r\u00e9glementaire autonome \u00bb.<br>M\u00eame s\u2019il est question d\u2019un extrait de la Constitution de 2024, cette \u00e9num\u00e9ration de n\u00e9gations est un proc\u00e9d\u00e9 rh\u00e9torique redoutable : chaque \u00ab ni \u00bb ajoute une privation \u00e0 la pr\u00e9c\u00e9dente, et l&rsquo;accumulation finit par dessiner en creux un portrait du Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique totalement d\u00e9nu\u00e9 de pouvoir. La syntaxe elle-m\u00eame dit l&rsquo;impuissance, par la r\u00e9p\u00e9tition de la n\u00e9gation, par l&rsquo;encha\u00eenement des \u00ab ni \u00bb, par la longueur de la liste qui \u00e9puise les possibles.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C. L&rsquo;usage des parenth\u00e8ses et des notes de bas de page : la critique dans les marges<br>Certaines des observations les plus ac\u00e9r\u00e9es de Trimua sont rel\u00e9gu\u00e9es dans les notes de bas de page ou entre parenth\u00e8ses ; ce qui leur conf\u00e8re paradoxalement une force critique suppl\u00e9mentaire. Ce qu&rsquo;on glisse entre parenth\u00e8ses ou en bas de page, c&rsquo;est ce qu&rsquo;on ne veut pas dire au premier plan, ce qui est trop direct, trop compromettant, trop risqu\u00e9 politiquement.<br>La note 74 (p. 18) est particuli\u00e8rement r\u00e9v\u00e9latrice. Elle raconte comment le pr\u00e9sident Gnassingb\u00e9 Eyadema a fait adopter par sa majorit\u00e9 parlementaire une motion de censure \u00ab contre son propre Premier ministre \u00bb pour pouvoir le r\u00e9voquer sans l&rsquo;assumer ouvertement. Cette note d\u00e9crit un usage cyniquement manipulatoire de la responsabilit\u00e9 politique, et elle est en bas de page, comme si sa nature explosive imposait qu&rsquo;on la mette \u00e0 distance. Mais le lecteur attentif comprend que cette note est peut-\u00eatre la plus importante de tout l&rsquo;article : elle dit que la responsabilit\u00e9 politique, au Togo, a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 un instrument de manipulation avant m\u00eame la Constitution de 2024.<br>Dans tous les cas, il est clair que l\u2019article de Trimua s\u2019inscrit dans une logique d\u2019un certain proph\u00e9tisme constitutionnaliste qui s\u2019emploie \u00e0 avertir et \u00e0 pr\u00e9dire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>VII. La dimension proph\u00e9tique : le texte comme avertissement<\/strong><br>A. La Constitution de 2024 comme matrice dynastique : une lecture prospective charg\u00e9e d&rsquo;inqui\u00e9tude<br>La conclusion de l&rsquo;article s&rsquo;ouvre sur une r\u00e9flexion prospective qui d\u00e9passe l&rsquo;analyse juridique pour entrer dans une forme de diagnostic politique \u00e0 long terme. La notion de \u00ab monarchisation \u00bb du r\u00e9gime, \u00ab la modernit\u00e9 politique substitue \u00e0 la filiation biologique une filiation partisane \u00bb (p. 31), est formul\u00e9e avec une pr\u00e9cision analytique qui ne dissimule pas une inqui\u00e9tude r\u00e9elle.<br>En effet, la liste des \u00ab dynasties patronymiques \u00bb africaines \u00ab Gnassingb\u00e9, D\u00e9by Itno, Bongo Ondimba, Obiang Nguema \u00bb (p. 31), est particuli\u00e8rement significative. Ces noms renvoient \u00e0 des r\u00e9gimes africains qui ont pratiqu\u00e9 la succession h\u00e9r\u00e9ditaire du pouvoir, p\u00e8re au fils, clan au clan. Les mentionner dans un article sur le Togo, c&rsquo;est inscrire la Constitution de 2024 dans cette g\u00e9n\u00e9alogie inqui\u00e9tante, m\u00eame si c&rsquo;est pour dire qu&rsquo;elle repr\u00e9sente une \u00ab \u00e9volution \u00bb de la forme dynastique (partisane plut\u00f4t que biologique).<br>Mais cette \u00ab \u00e9volution \u00bb est-elle un progr\u00e8s ? Trimua ne le dit pas, mais sa formulation est prudemment sceptique : la \u00ab monarchisation r\u00e9publicaine \u00bb est \u00ab devenue technique et moins h\u00e9r\u00e9ditaire \u00bb (p. 31). Le mot \u00ab technique \u00bb est ici charg\u00e9 d&rsquo;une ambivalence critique : la technique rend les choses plus efficaces, mais elle ne les rend pas n\u00e9cessairement plus l\u00e9gitimes ou plus d\u00e9mocratiques. Une \u00ab monarchisation technique \u00bb est peut-\u00eatre plus difficile \u00e0 combattre qu&rsquo;une \u00ab monarchisation biologique \u00bb, pr\u00e9cis\u00e9ment parce qu&rsquo;elle peut se pr\u00e9valoir de la l\u00e9galit\u00e9 constitutionnelle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">B. La question finale comme acte de r\u00e9sistance intellectuelle<br>La derni\u00e8re phrase de l&rsquo;article, \u00ab car c&rsquo;est dans cet espace, entre la d\u00e9f\u00e9rence des juges et une direction ex\u00e9cutive non contrainte, que se jouera, autant que le sort d&rsquo;un r\u00e9gime, la maturit\u00e9 du constitutionnalisme africain contemporain \u00bb, peut \u00eatre lue comme un appel indirect \u00e0 la r\u00e9sistance judiciaire.<br>Trimua d\u00e9signe le juge constitutionnel comme le seul acteur capable de r\u00e9\u00e9quilibrer un r\u00e9gime dont tous les m\u00e9canismes de contr\u00f4le politique ont \u00e9t\u00e9 neutralis\u00e9s. C&rsquo;est une fa\u00e7on de dire : si la d\u00e9mocratie togolaise doit survivre, ce n&rsquo;est pas par la voie parlementaire (trop verrouill\u00e9e), ni par la voie pr\u00e9sidentielle (trop encadr\u00e9e) mais par la voie judiciaire. L&rsquo;article se termine donc sur une invitation \u00e0 l&rsquo;activisme judiciaire ; ce qui, dans un contexte o\u00f9 la Cour constitutionnelle togolaise a rendu l&rsquo;avis n\u00b0 007\/25 confirmant les pouvoirs implicites du Pr\u00e9sident du Conseil (p. 12), sonne comme un v\u0153u pieux ou comme un d\u00e9fi.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Conclusion<\/strong><br>L&rsquo;analyse stylistico-herm\u00e9neutique de l&rsquo;article de Trimua r\u00e9v\u00e8le un texte d&rsquo;une remarquable complexit\u00e9, un texte qui dit ce qu&rsquo;il ne dit pas, qui critique ce qu&rsquo;il d\u00e9crit, qui juge ce qu&rsquo;il analyse, et surtout qui ouvre une voie de secours parmi les sillons des d\u00e9rives doctrinales. Cette complexit\u00e9, loin d\u2019\u00eatre une faiblesse, est plut\u00f4t une strat\u00e9gie de survie intellectuelle dans un contexte o\u00f9 la critique directe du pouvoir peut avoir des cons\u00e9quences.<br>Je rappelle que Christian Eninam Trimua est professeur \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Lom\u00e9, sous un r\u00e9gime dont il analyse pr\u00e9cis\u00e9ment les m\u00e9canismes de concentration du pouvoir. Il ne peut pas, ou ne veut pas, formuler une critique frontale. Il le fait donc \u00e0 travers les dispositifs du discours savant : le lexique de la d\u00e9sillusion, les figures rh\u00e9toriques de l&rsquo;ironie et du paradoxe, les choix bibliographiques orient\u00e9s, les comparaisons d\u00e9favorables syst\u00e9matiques, la structure argumentative du r\u00e9quisitoire d\u00e9guis\u00e9 en analyse.<br>Le r\u00e9sultat est un texte qui appartient \u00e0 une tradition litt\u00e9raire et intellectuelle ancienne, celle de l&rsquo;\u00e9criture oblique, de la critique dissimul\u00e9e, du discours \u00e0 double fond. On pense \u00e0 Montesquieu d\u00e9crivant le despotisme oriental pour critiquer le despotisme fran\u00e7ais. On pense \u00e0 Tacite d\u00e9crivant les empereurs romains avec une pr\u00e9cision clinique qui est aussi une condamnation morale. On pense \u00e0 tous ces intellectuels qui ont d\u00fb contourner le pouvoir pour mieux le critiquer, en usant du d\u00e9tour de la science, de la comparaison, de l&rsquo;histoire.<br>Dans cette tradition, l&rsquo;article de Trimua occupe une place honorable : celui d&rsquo;un constitutionnaliste qui n&rsquo;a pas renonc\u00e9 \u00e0 \u00eatre citoyen et pour qui le c\u00e9sarisme togolis\u00e9 est d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 une \u00e9pouvante qui lui refuse un lendemain certain.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Lom\u00e9, le 11 mai 2026<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Dr Wonouvo Kossi Gnagnon<br>Enseignant- chercheur \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Lom\u00e9<br>Sp\u00e9cialiste de Litt\u00e9rature africaine<br>Expert en Gouvernance de l\u2019Etat et Management des Crises<br>Pr\u00e9sident National du Mouvement Togolais pour la Restauration (MTR)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;analyse stylistico-herm\u00e9neutique de l&rsquo;article de Trimua fait parl&rsquo;Enseignant- chercheur \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Lom\u00e9, Sp\u00e9cialiste de Litt\u00e9rature africaineet Expert en Gouvernance de l\u2019Etat et Management des Crises, Dr Wonouvo Kossi Gnagnon r\u00e9v\u00e8le un texte d&rsquo;une remarquable complexit\u00e9, un texte qui dit ce qu&rsquo;il ne dit pas, qui critique ce qu&rsquo;il d\u00e9crit, qui juge ce qu&rsquo;il analyse, et surtout qui ouvre une voie de secours parmi les sillons des d\u00e9rives doctrinales. \u00c0 travers une tribune, l&rsquo;ancien adjoint au Maire de la commune des Lacs 3 et pr\u00e9sident national du Mouvement Togolais pour la Restauration (MTR) donne son point de vue. Faites bonne lecture ! Tribune \/ Analyse stylistico-herm\u00e9neutique de l&rsquo;article \u00ab Le c\u00e9sarisme dans le r\u00e9gime parlementaire togolais \u00bb de Christian Eninam Trimua : une critique \u00e9l\u00e9gante de la Ve R\u00e9publique togolaise Note pr\u00e9liminaire Un mot a attir\u00e9 l\u2019attention de plusieurs lecteurs avis\u00e9s ces derniers jours dans l\u2019actualit\u00e9 politique nationale et acad\u00e9mique togolaise : le c\u00e9sarisme ! C\u2019est un concept que j\u2019ai d\u00e9couvert pour ma part en 2007 lorsque je pr\u00e9parais mon m\u00e9moire de maitrise sur le sujet \u00ab Ecriture et politique dans En attendant le vote des b\u00eates sauvages d\u2019Ahmadou Kourouma \u00bb. Ma curiosit\u00e9 a \u00e9t\u00e9 assouvie lorsque Feu le Professeur Yao Edoh Am\u00e9la m\u2019a fait lire sa th\u00e8se de Troisi\u00e8me Cycle soutenue en 1973 \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Lyon II sur le sujet : \u00ab Recherche sur les fondements politiques et moraux du c\u00e9sarisme \u00bb.En effet, le c\u00e9sarisme est une forme de pouvoir politique marqu\u00e9e par la concentration des pouvoirs entre les mains d\u2019un seul individu, g\u00e9n\u00e9ralement pr\u00e9sent\u00e9 comme un chef providentiel. Il combine une autorit\u00e9 fortement personnalis\u00e9e et un appui populaire souvent construit par la d\u00e9magogie, la propagande ou le pl\u00e9biscite, donnant l\u2019apparence d\u2019une l\u00e9gitimit\u00e9 d\u00e9mocratique. Ce r\u00e9gime repose sur le culte du chef, l\u2019exaltation de sa personne et la conviction id\u00e9ologique que certains hommes sont destin\u00e9s \u00e0 commander tandis que d\u2019autres doivent ob\u00e9ir. Il se caract\u00e9rise \u00e9galement par une centralisation extr\u00eame des d\u00e9cisions et une volont\u00e9 de supr\u00e9matie dans tous les domaines de l\u2019\u00c9tat, qu\u2019ils soient politiques, militaires ou symboliques. Ainsi, le c\u00e9sarisme appara\u00eet comme un r\u00e9gime hybride, \u00e0 la fois autoritaire dans son fonctionnement et populiste dans sa justification.Depuis lors, j\u2019ai nourri une fascination pour Jules C\u00e9sar et pour le c\u00e9sarisme comme objet de r\u00e9flexion sur la souverainet\u00e9, l\u2019autocratie et la d\u00e9mocratie. IntroductionEt si le parlementarisme togolais n\u2019\u00e9tait, au fond, qu\u2019une construction formelle masquant une r\u00e9alit\u00e9 bien diff\u00e9rente ? C\u2019est la question que je me suis pos\u00e9e, une fois de plus, \u00e0 la lecture de l\u2019article de Christian Eninam Trimua consacr\u00e9 au sujet intitul\u00e9 \u00ab Le c\u00e9sarisme dans le r\u00e9gime parlementaire togolais \u00bb. Car derri\u00e8re la rigueur apparente de l\u2019analyse juridique, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9 par la port\u00e9e critique, presque silencieuse, qui traverse l\u2019ensemble du raisonnement.Rappelons que Christian Eninam Trimua est Ma\u00eetre-Assistant en droit public \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Lom\u00e9. Sp\u00e9cialiste reconnu du constitutionnalisme africain, il est notamment l&rsquo;auteur de travaux sur \u00ab l&rsquo;id\u00e9e r\u00e9publicaine de la Constitution en Afrique \u00bb (Afrilex, 2014) et sur \u00ab le fantasme monarchique en Afrique \u00bb (M\u00e9langes Koffi Ahadzi-Nonou, 2021). La pr\u00e9sente contribution, d&rsquo;une trentaine de pages tr\u00e8s denses, s&rsquo;inscrit dans le d\u00e9bat doctrinal ouvert par la Constitution togolaise du 6 mai 2024. Elle ambitionne de proposer une qualification autonome et originale de ce texte constitutionnel, en rupture avec les lectures concurrentes d\u00e9j\u00e0 formul\u00e9es.\u00c0 plusieurs titres, l&rsquo;article de Christian Eninam Trimua se pr\u00e9sente sous les dehors d&rsquo;une contribution de droit constitutionnel compar\u00e9, neutre, technique, savante. Pourtant, une lecture attentive \u00e0 ses choix stylistiques, \u00e0 sa construction rh\u00e9torique et \u00e0 ses pr\u00e9suppos\u00e9s herm\u00e9neutiques r\u00e9v\u00e8le une critique implicite et \u00e9l\u00e9gante mais syst\u00e9matique du r\u00e9gime institu\u00e9 par la Constitution du 6 mai 2024. 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Car si les formes du r\u00e9gime parlementaire sont maintenues, leur substance semble profond\u00e9ment reconfigur\u00e9e au profit d\u2019un pouvoir ex\u00e9cutif centralis\u00e9.Dans cette perspective, je propose ici une analyse stylistico-herm\u00e9neutique de cet article, attentive non seulement aux concepts mobilis\u00e9s, mais aussi aux choix d\u2019\u00e9criture, aux inflexions du discours et aux significations sous-jacentes qui s\u2019en d\u00e9gagent. Il s\u2019agira ainsi de lire le texte au-del\u00e0 de sa surface juridique, pour en saisir les logiques profondes et la port\u00e9e critique.Avant d&rsquo;entrer dans l&rsquo;analyse proprement dite, il convient de poser le cadre herm\u00e9neutique qui gouvernera la lecture. L&rsquo;article de Christian Eninam Trimua se pr\u00e9sente comme une contribution au droit constitutionnel compar\u00e9, de natrure acad\u00e9mique dont les conventions imposent une neutralit\u00e9 de ton, une objectivit\u00e9 de fa\u00e7ade, une distance calcul\u00e9e entre l&rsquo;auteur et son objet. Pourtant, d\u00e8s les premi\u00e8res lignes, quelque chose r\u00e9siste \u00e0 cette neutralit\u00e9 affich\u00e9e. Une dialectique traverse le texte entre ce qu&rsquo;il \u00ab dit \u00bb, ce qu&rsquo;il \u00ab veut dire \u00bb et ce qu\u2019il \u00ab fait dire \u00bb, entre sa rh\u00e9torique d\u00e9clarative et ses effets performatifs, entre l&rsquo;apparente description et le jugement de valeur qui s&rsquo;y dissimule.C&rsquo;est cette dynamique que l&rsquo;analyse stylistico-herm\u00e9neutique, que j\u2019entreprends ici et que je consid\u00e8re comme un compte-rendu de lecture, entend mettre au jour. 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En d&rsquo;autres termes, il faut lire Trimua comme on lit un texte litt\u00e9raire : en supposant que rien n&rsquo;est innocent, que chaque mot a \u00e9t\u00e9 pes\u00e9, que chaque comparaison a \u00e9t\u00e9 choisie, que chaque m\u00e9taphore produit<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":362,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-1345","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-politique"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.7 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>Togo|V\u00e8 R\u00e9publique : Dr Jean Emmanuel GNAGNON met en lumi\u00e8re une tribune Christian E. 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Tribune \/ Analyse stylistico-herm\u00e9neutique de l&rsquo;article \u00ab Le c\u00e9sarisme dans le r\u00e9gime parlementaire togolais \u00bb de Christian Eninam Trimua : une critique \u00e9l\u00e9gante de la Ve R\u00e9publique togolaise Note pr\u00e9liminaire Un mot a attir\u00e9 l\u2019attention de plusieurs lecteurs avis\u00e9s ces derniers jours dans l\u2019actualit\u00e9 politique nationale et acad\u00e9mique togolaise : le c\u00e9sarisme ! C\u2019est un concept que j\u2019ai d\u00e9couvert pour ma part en 2007 lorsque je pr\u00e9parais mon m\u00e9moire de maitrise sur le sujet \u00ab Ecriture et politique dans En attendant le vote des b\u00eates sauvages d\u2019Ahmadou Kourouma \u00bb. Ma curiosit\u00e9 a \u00e9t\u00e9 assouvie lorsque Feu le Professeur Yao Edoh Am\u00e9la m\u2019a fait lire sa th\u00e8se de Troisi\u00e8me Cycle soutenue en 1973 \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Lyon II sur le sujet : \u00ab Recherche sur les fondements politiques et moraux du c\u00e9sarisme \u00bb.En effet, le c\u00e9sarisme est une forme de pouvoir politique marqu\u00e9e par la concentration des pouvoirs entre les mains d\u2019un seul individu, g\u00e9n\u00e9ralement pr\u00e9sent\u00e9 comme un chef providentiel. Il combine une autorit\u00e9 fortement personnalis\u00e9e et un appui populaire souvent construit par la d\u00e9magogie, la propagande ou le pl\u00e9biscite, donnant l\u2019apparence d\u2019une l\u00e9gitimit\u00e9 d\u00e9mocratique. Ce r\u00e9gime repose sur le culte du chef, l\u2019exaltation de sa personne et la conviction id\u00e9ologique que certains hommes sont destin\u00e9s \u00e0 commander tandis que d\u2019autres doivent ob\u00e9ir. Il se caract\u00e9rise \u00e9galement par une centralisation extr\u00eame des d\u00e9cisions et une volont\u00e9 de supr\u00e9matie dans tous les domaines de l\u2019\u00c9tat, qu\u2019ils soient politiques, militaires ou symboliques. Ainsi, le c\u00e9sarisme appara\u00eet comme un r\u00e9gime hybride, \u00e0 la fois autoritaire dans son fonctionnement et populiste dans sa justification.Depuis lors, j\u2019ai nourri une fascination pour Jules C\u00e9sar et pour le c\u00e9sarisme comme objet de r\u00e9flexion sur la souverainet\u00e9, l\u2019autocratie et la d\u00e9mocratie. IntroductionEt si le parlementarisme togolais n\u2019\u00e9tait, au fond, qu\u2019une construction formelle masquant une r\u00e9alit\u00e9 bien diff\u00e9rente ? C\u2019est la question que je me suis pos\u00e9e, une fois de plus, \u00e0 la lecture de l\u2019article de Christian Eninam Trimua consacr\u00e9 au sujet intitul\u00e9 \u00ab Le c\u00e9sarisme dans le r\u00e9gime parlementaire togolais \u00bb. Car derri\u00e8re la rigueur apparente de l\u2019analyse juridique, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9 par la port\u00e9e critique, presque silencieuse, qui traverse l\u2019ensemble du raisonnement.Rappelons que Christian Eninam Trimua est Ma\u00eetre-Assistant en droit public \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Lom\u00e9. Sp\u00e9cialiste reconnu du constitutionnalisme africain, il est notamment l&rsquo;auteur de travaux sur \u00ab l&rsquo;id\u00e9e r\u00e9publicaine de la Constitution en Afrique \u00bb (Afrilex, 2014) et sur \u00ab le fantasme monarchique en Afrique \u00bb (M\u00e9langes Koffi Ahadzi-Nonou, 2021). La pr\u00e9sente contribution, d&rsquo;une trentaine de pages tr\u00e8s denses, s&rsquo;inscrit dans le d\u00e9bat doctrinal ouvert par la Constitution togolaise du 6 mai 2024. Elle ambitionne de proposer une qualification autonome et originale de ce texte constitutionnel, en rupture avec les lectures concurrentes d\u00e9j\u00e0 formul\u00e9es.\u00c0 plusieurs titres, l&rsquo;article de Christian Eninam Trimua se pr\u00e9sente sous les dehors d&rsquo;une contribution de droit constitutionnel compar\u00e9, neutre, technique, savante. Pourtant, une lecture attentive \u00e0 ses choix stylistiques, \u00e0 sa construction rh\u00e9torique et \u00e0 ses pr\u00e9suppos\u00e9s herm\u00e9neutiques r\u00e9v\u00e8le une critique implicite et \u00e9l\u00e9gante mais syst\u00e9matique du r\u00e9gime institu\u00e9 par la Constitution du 6 mai 2024. L&rsquo;auteur n&rsquo;attaque pas frontalement : il d\u00e9montre, qualifie, compare, et c&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment dans l&rsquo;art de la qualification que r\u00e9side l&rsquo;acte critique.En effet, en d\u00e9crivant minutieusement les m\u00e9canismes institutionnels issus de la Constitution du 6 mai 2024, l\u2019auteur ne se contente pas, \u00e0 mon sens, d\u2019en rendre compte. Il en r\u00e9v\u00e8le les d\u00e9s\u00e9quilibres, les tensions et surtout les effets concrets : concentration du pouvoir ex\u00e9cutif, affaiblissement du Parlement, transformation des m\u00e9canismes de responsabilit\u00e9. Autant d\u2019\u00e9l\u00e9ments qui m\u2019ont conduit \u00e0 voir dans cet article bien plus qu\u2019une simple \u00e9tude doctrinale.J\u2019y lis, pour ma part, une critique implicite du parlementarisme togolais, ou du moins de la mani\u00e8re dont celui-ci est aujourd\u2019hui configur\u00e9. Car si les formes du r\u00e9gime parlementaire sont maintenues, leur substance semble profond\u00e9ment reconfigur\u00e9e au profit d\u2019un pouvoir ex\u00e9cutif centralis\u00e9.Dans cette perspective, je propose ici une analyse stylistico-herm\u00e9neutique de cet article, attentive non seulement aux concepts mobilis\u00e9s, mais aussi aux choix d\u2019\u00e9criture, aux inflexions du discours et aux significations sous-jacentes qui s\u2019en d\u00e9gagent. Il s\u2019agira ainsi de lire le texte au-del\u00e0 de sa surface juridique, pour en saisir les logiques profondes et la port\u00e9e critique.Avant d&rsquo;entrer dans l&rsquo;analyse proprement dite, il convient de poser le cadre herm\u00e9neutique qui gouvernera la lecture. 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TRIMUA -","og_description":"L&rsquo;analyse stylistico-herm\u00e9neutique de l&rsquo;article de Trimua fait parl&rsquo;Enseignant- chercheur \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Lom\u00e9, Sp\u00e9cialiste de Litt\u00e9rature africaineet Expert en Gouvernance de l\u2019Etat et Management des Crises, Dr Wonouvo Kossi Gnagnon r\u00e9v\u00e8le un texte d&rsquo;une remarquable complexit\u00e9, un texte qui dit ce qu&rsquo;il ne dit pas, qui critique ce qu&rsquo;il d\u00e9crit, qui juge ce qu&rsquo;il analyse, et surtout qui ouvre une voie de secours parmi les sillons des d\u00e9rives doctrinales. \u00c0 travers une tribune, l&rsquo;ancien adjoint au Maire de la commune des Lacs 3 et pr\u00e9sident national du Mouvement Togolais pour la Restauration (MTR) donne son point de vue. Faites bonne lecture ! Tribune \/ Analyse stylistico-herm\u00e9neutique de l&rsquo;article \u00ab Le c\u00e9sarisme dans le r\u00e9gime parlementaire togolais \u00bb de Christian Eninam Trimua : une critique \u00e9l\u00e9gante de la Ve R\u00e9publique togolaise Note pr\u00e9liminaire Un mot a attir\u00e9 l\u2019attention de plusieurs lecteurs avis\u00e9s ces derniers jours dans l\u2019actualit\u00e9 politique nationale et acad\u00e9mique togolaise : le c\u00e9sarisme ! C\u2019est un concept que j\u2019ai d\u00e9couvert pour ma part en 2007 lorsque je pr\u00e9parais mon m\u00e9moire de maitrise sur le sujet \u00ab Ecriture et politique dans En attendant le vote des b\u00eates sauvages d\u2019Ahmadou Kourouma \u00bb. Ma curiosit\u00e9 a \u00e9t\u00e9 assouvie lorsque Feu le Professeur Yao Edoh Am\u00e9la m\u2019a fait lire sa th\u00e8se de Troisi\u00e8me Cycle soutenue en 1973 \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Lyon II sur le sujet : \u00ab Recherche sur les fondements politiques et moraux du c\u00e9sarisme \u00bb.En effet, le c\u00e9sarisme est une forme de pouvoir politique marqu\u00e9e par la concentration des pouvoirs entre les mains d\u2019un seul individu, g\u00e9n\u00e9ralement pr\u00e9sent\u00e9 comme un chef providentiel. Il combine une autorit\u00e9 fortement personnalis\u00e9e et un appui populaire souvent construit par la d\u00e9magogie, la propagande ou le pl\u00e9biscite, donnant l\u2019apparence d\u2019une l\u00e9gitimit\u00e9 d\u00e9mocratique. Ce r\u00e9gime repose sur le culte du chef, l\u2019exaltation de sa personne et la conviction id\u00e9ologique que certains hommes sont destin\u00e9s \u00e0 commander tandis que d\u2019autres doivent ob\u00e9ir. Il se caract\u00e9rise \u00e9galement par une centralisation extr\u00eame des d\u00e9cisions et une volont\u00e9 de supr\u00e9matie dans tous les domaines de l\u2019\u00c9tat, qu\u2019ils soient politiques, militaires ou symboliques. Ainsi, le c\u00e9sarisme appara\u00eet comme un r\u00e9gime hybride, \u00e0 la fois autoritaire dans son fonctionnement et populiste dans sa justification.Depuis lors, j\u2019ai nourri une fascination pour Jules C\u00e9sar et pour le c\u00e9sarisme comme objet de r\u00e9flexion sur la souverainet\u00e9, l\u2019autocratie et la d\u00e9mocratie. IntroductionEt si le parlementarisme togolais n\u2019\u00e9tait, au fond, qu\u2019une construction formelle masquant une r\u00e9alit\u00e9 bien diff\u00e9rente ? C\u2019est la question que je me suis pos\u00e9e, une fois de plus, \u00e0 la lecture de l\u2019article de Christian Eninam Trimua consacr\u00e9 au sujet intitul\u00e9 \u00ab Le c\u00e9sarisme dans le r\u00e9gime parlementaire togolais \u00bb. Car derri\u00e8re la rigueur apparente de l\u2019analyse juridique, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9 par la port\u00e9e critique, presque silencieuse, qui traverse l\u2019ensemble du raisonnement.Rappelons que Christian Eninam Trimua est Ma\u00eetre-Assistant en droit public \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Lom\u00e9. Sp\u00e9cialiste reconnu du constitutionnalisme africain, il est notamment l&rsquo;auteur de travaux sur \u00ab l&rsquo;id\u00e9e r\u00e9publicaine de la Constitution en Afrique \u00bb (Afrilex, 2014) et sur \u00ab le fantasme monarchique en Afrique \u00bb (M\u00e9langes Koffi Ahadzi-Nonou, 2021). La pr\u00e9sente contribution, d&rsquo;une trentaine de pages tr\u00e8s denses, s&rsquo;inscrit dans le d\u00e9bat doctrinal ouvert par la Constitution togolaise du 6 mai 2024. Elle ambitionne de proposer une qualification autonome et originale de ce texte constitutionnel, en rupture avec les lectures concurrentes d\u00e9j\u00e0 formul\u00e9es.\u00c0 plusieurs titres, l&rsquo;article de Christian Eninam Trimua se pr\u00e9sente sous les dehors d&rsquo;une contribution de droit constitutionnel compar\u00e9, neutre, technique, savante. Pourtant, une lecture attentive \u00e0 ses choix stylistiques, \u00e0 sa construction rh\u00e9torique et \u00e0 ses pr\u00e9suppos\u00e9s herm\u00e9neutiques r\u00e9v\u00e8le une critique implicite et \u00e9l\u00e9gante mais syst\u00e9matique du r\u00e9gime institu\u00e9 par la Constitution du 6 mai 2024. L&rsquo;auteur n&rsquo;attaque pas frontalement : il d\u00e9montre, qualifie, compare, et c&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment dans l&rsquo;art de la qualification que r\u00e9side l&rsquo;acte critique.En effet, en d\u00e9crivant minutieusement les m\u00e9canismes institutionnels issus de la Constitution du 6 mai 2024, l\u2019auteur ne se contente pas, \u00e0 mon sens, d\u2019en rendre compte. Il en r\u00e9v\u00e8le les d\u00e9s\u00e9quilibres, les tensions et surtout les effets concrets : concentration du pouvoir ex\u00e9cutif, affaiblissement du Parlement, transformation des m\u00e9canismes de responsabilit\u00e9. Autant d\u2019\u00e9l\u00e9ments qui m\u2019ont conduit \u00e0 voir dans cet article bien plus qu\u2019une simple \u00e9tude doctrinale.J\u2019y lis, pour ma part, une critique implicite du parlementarisme togolais, ou du moins de la mani\u00e8re dont celui-ci est aujourd\u2019hui configur\u00e9. Car si les formes du r\u00e9gime parlementaire sont maintenues, leur substance semble profond\u00e9ment reconfigur\u00e9e au profit d\u2019un pouvoir ex\u00e9cutif centralis\u00e9.Dans cette perspective, je propose ici une analyse stylistico-herm\u00e9neutique de cet article, attentive non seulement aux concepts mobilis\u00e9s, mais aussi aux choix d\u2019\u00e9criture, aux inflexions du discours et aux significations sous-jacentes qui s\u2019en d\u00e9gagent. Il s\u2019agira ainsi de lire le texte au-del\u00e0 de sa surface juridique, pour en saisir les logiques profondes et la port\u00e9e critique.Avant d&rsquo;entrer dans l&rsquo;analyse proprement dite, il convient de poser le cadre herm\u00e9neutique qui gouvernera la lecture. L&rsquo;article de Christian Eninam Trimua se pr\u00e9sente comme une contribution au droit constitutionnel compar\u00e9, de natrure acad\u00e9mique dont les conventions imposent une neutralit\u00e9 de ton, une objectivit\u00e9 de fa\u00e7ade, une distance calcul\u00e9e entre l&rsquo;auteur et son objet. Pourtant, d\u00e8s les premi\u00e8res lignes, quelque chose r\u00e9siste \u00e0 cette neutralit\u00e9 affich\u00e9e. Une dialectique traverse le texte entre ce qu&rsquo;il \u00ab dit \u00bb, ce qu&rsquo;il \u00ab veut dire \u00bb et ce qu\u2019il \u00ab fait dire \u00bb, entre sa rh\u00e9torique d\u00e9clarative et ses effets performatifs, entre l&rsquo;apparente description et le jugement de valeur qui s&rsquo;y dissimule.C&rsquo;est cette dynamique que l&rsquo;analyse stylistico-herm\u00e9neutique, que j\u2019entreprends ici et que je consid\u00e8re comme un compte-rendu de lecture, entend mettre au jour. Il s&rsquo;agit de lire l&rsquo;article non pas \u00e0 travers son appareil scientifique mais contre lui, de prendre au s\u00e9rieux les choix lexicaux, les structures syntaxiques, les dispositifs intertextuels, les figures rh\u00e9toriques comme autant d&rsquo;indices d&rsquo;une subjectivit\u00e9 critique qui se d\u00e9robe sans jamais totalement dispara\u00eetre. En d&rsquo;autres termes, il faut lire Trimua comme on lit un texte litt\u00e9raire : en supposant que rien n&rsquo;est innocent, que chaque mot a \u00e9t\u00e9 pes\u00e9, que chaque comparaison a \u00e9t\u00e9 choisie, que chaque m\u00e9taphore produit","og_url":"https:\/\/relanceinfo.tg\/?p=1345","article_published_time":"2026-05-11T21:11:31+00:00","article_modified_time":"2026-05-11T21:31:00+00:00","og_image":[{"width":1536,"height":2048,"url":"https:\/\/relanceinfo.tg\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/FB_IMG_1771863051903.jpg","type":"image\/jpeg"}],"author":"Maurice AGBOSSOU","twitter_card":"summary_large_image","twitter_misc":{"\u00c9crit par":"Maurice AGBOSSOU","Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e":"32 minutes"},"schema":{"@context":"https:\/\/schema.org","@graph":[{"@type":"Article","@id":"https:\/\/relanceinfo.tg\/?p=1345#article","isPartOf":{"@id":"https:\/\/relanceinfo.tg\/?p=1345"},"author":{"name":"Maurice AGBOSSOU","@id":"https:\/\/relanceinfo.tg\/#\/schema\/person\/832c8be8a9a8e3e5a7dbc20cd79ccd2d"},"headline":"Togo|V\u00e8 R\u00e9publique : Dr Jean Emmanuel GNAGNON met en lumi\u00e8re une tribune Christian E. 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